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Bonjour,
Ca fait plusieurs fois qu’on me pose cette question. C’est quoi cette histoire de « constitutions ». J’ai entendu dire qu’il y a des constitutions ayurvédiques, homéopathiques, hippocratiques. C’est basé sur quoi, et ça sert à quoi.
Donc, aujourd’hui, j’aimerais vous expliquer brièvement à quoi pourrait servir l’étude de ces constitutions. C’est un concept qu’on retrouve dans de nombreux courants de médecine traditionnelle effectivement. On les trouve en médecine ayurvédique, je crois comprendre que la médecine traditionnelle chinoise les a rajoutées récemment. On les trouve en médecine coréenne, tibétaine. Un peu plus à l’ouest, on a les constitutions homéopathiques, les constitutions hippocratiques. Donc on en parle aujourd’hui, d’une manière globale sans trop rentrer dans les détails. Surtout pour se demander : à quoi ça sert ?
Avant de démarrer, je vous rappelle que l’école Altheaprovence vous propose toute une gamme de formations sur l’herboristerie appliquée, pour vous aider à comprendre comment vous pouvez accompagner vos proches ou vos clients pour différents types de problématiques de santé, toujours en complément d’un suivi médical.
Je vous rappelle aussi que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Les informations partagées dans cet épisode sont à visée éducative uniquement et n’ont pas vocation à remplacer un suivi médical.
Une constitution, c’est quoi ?
Alors une constitution, c’est quoi exactement ? C’est une caricature. Et ici on parle d’une personne.
Donc c’est une caricature d’une personne, pas nécessairement dans son apparence physique, bien que souvent le physique va donner des informations, mais encore plus intéressant, sur sa manière de fonctionner. Son terrain. Ses forces et ses faiblesses fonctionnelles. Et ceci va, indirectement, influencer le physique. C’est pour ça que dans la description de ces constitutions, il y a souvent un aspect physique, dans les traits de la personne.
Une partie de cette caricature sera déterminée de naissance, par notre patrimoine génétique si vous voulez. Et une partie sera développée au travers de notre vie, en fonction de l’environnement dans lequel on évolue. De notre histoire de vie. Parfois on utilise le terme « constitution » pour la partie fixe, de naissance, et le terme « tempérament » pour la partie plus variable. En médecine ayurvédique, on utilise les termes Prakriti et Vikriti.
Mais bon, je ne vais pas trop vous compliquer les choses, on va garder juste le terme « constitution » à ce stade avec une partie innée et une partie acquise.
Ces constitutions ont toujours une application pratique. Dans le sens où elles sont censées nous aider à reconnaître certains fonctionnements et sortir certains outils. C’est ça, le but. C’est très pragmatique. C’est se dire, pour cette personne, telle ou telle catégorie de plante sera plus adaptée que d’autres.
Bon, je réalise que très vite, il va falloir que je vous donne des exemples.
A la base d’une constitution, en médecine de l’Est, il y a souvent un système de chaud, froid, sec et humide. Et même chez nous, il y a bien longtemps, Hippocrate (donc on parle ici de l’Antiquité, de la Grèce antique), avait défini des constitutions basées sur ces mêmes courants énergétiques. Je vous avais fait une série d’épisodes sur cette histoire de chaud, froid, sec et humide. Ça, c’est un peu les pierres de construction avec lesquelles on va ensuite bâtir une constitution dans les cultures orientales. En médecine ayurvédique par exemple, une des constitutions, Kapha, va, grossièrement, tendre vers le froid et l’humidité.
Et il y a toujours une constitution « à l’équilibre » qui a plein d’aspects positifs, et une constitution « au déséquilibre » qui va exposer des faiblesses et certains types de problèmes. Donc appartenir à une constitution, en soi, c’est ni bon ni mauvais. C’est qui on est et comment on fonctionne.
En ce qui me concerne, j’ai fait mes premiers pas herboristiques en Amérique du Nord, et j’ai côtoyé des praticiens qui utilisaient les constitutions ayurvédiques. Donc c’est probablement le modèle qui me parle le plus. Alors, je précise que je n’ai pas étudié la médecine ayurvédique. Je ne suis pas praticien ayurvédique.
Mais comme à mon habitude, je vais piocher ici et là des morceaux de modèles qui me parlent. Et au passage, je vais les tordre et ça va faire réagir les puristes. Je vous comprends, mais lorsque je trouve un modèle qui m’aide dans ma pratique, je le garde et j’aime bien vous en parler. Et là, je vais faire des caricatures de caricatures. Et je vais illustrer avec des plantes qui ne sont pas de médecine ayurvédique, mais qui sont des plantes occidentale, pour couronner le tout.
Donc prenons l’exemple des constitutions ayurvédiques, qu’on appelle les doshas.
Il y en a trois :
- Vata
- Pitta
- Kapha
Le but ici n’est pas de vous faire un cours sur les doshas ayurvédiques. D’abord parce qu’il y a largement plus qualifié que moi pour faire ce travail. Mais aussi parce que j’aimerais juste illustrer mon point ici et vous montrer comment on pourrait utiliser ces constitutions, sans trop rentrer dans des dogmes rigides. Donc mes descriptions vont être très partielles et incomplètes.
Vata
Prenons la constitution Vata : c’est l’air et le mouvement, le changement. Ce sont des personnalités changeantes. En général minces, assez légères et de petite ossature, elles peuvent être grandes ou petites, l’aspect caractéristique n’est pas la taille ici, mais plutôt la densité. On est dans le longiligne et le fin.
Elles ont un poids qui fluctue rapidement, perdent vite et prennent vite du poids. Peau et cheveux peuvent être secs, rêches et cassants. Elles sont sujettes à la sécheresse intestinale, sécheresse des muqueuses, à la constipation. La circulation sanguine n’est pas terrible, petite tension, mains et pieds froids, elles sont très sensibles au froid. L’appétit est variable, la digestion aussi. Elles grignotent, elles ont vite des crises d’hypoglycémie. Sujettes aux ballonnements, aux irritations intestinales. Sommeil léger, facilement perturbé.
Ce sont des personnes qui n’ont pas une énorme endurance, elles se poussent facilement au-delà de leurs limites physiques et nerveuses jusqu’à être complètement épuisées.
Quand on repère une telle constitution, on pourrait un peu plus orienter les questions, voir si on a rien oublié. Ça peut donner des pistes. Vous me demandez conseil pour votre eczéma, mais on n’a pas parlé de votre sommeil. Vous me parlez de votre syndrome prémenstruel, mais on n’a pas parlé de votre circulation et de votre transit.
Alors oui, globalement, lorsqu’on aide une personne, on est censé passer en revue tous ces grands piliers du bien-être : alimentation, digestion, sommeil, etc. Mais là, on va pouvoir aller directement à certains points qui nous semblent un peu plus pertinents pour la constitution.
Les constitutions Vata sont en général réactives aux plantes, aux petites doses, du moins basé sur mes observations. Et elles vont bénéficier des plantes qui font circuler, qui réchauffent, les grands toniques et adaptogènes.
Pitta
Un autre exemple, la constitution Pitta. C’est plutôt feu. La personne est sensible à la chaleur. Bonne circulation, a tendance à avoir souvent chaud. Transpire abondamment. Appétit robuste et digestion robuste. Ce ne sont pas des gens qui vont sauter un repas. Et puis midi, c’est midi hein ? Une certaine rigidité dans les habitudes. Sujets aux fièvres, aux infections aiguës, quand ça s’enflamme c’est vraiment rouge et enflammé. Voilà pour une image très partielle.
Je vais prendre mon exemple. Car je suis passé entre les mains de praticiens ayurvédiques et apparemment, à l’époque, c’était assez clair que j’étais Pitta. Avec l’âge, j’ai bien sûr gommé tous les aspects négatifs… je plaisante, j’aimerais bien. Disons que j’ai peut-être mis un peu de Vata dans mon Pitta. Et puis ceux qui me connaissent ont probablement rigolé au commentaire « et puis midi, c’est midi ».
Bref, je suis migraineux de longue date. Et quand j’ai une migraine, c’est pas la petite migraine. C’est la maman migraine. Et j’ai une envie terrible de me tremper la tête dans de l’eau glacée, une pratique qu’il m’est arrivé de faire pour me soulager. A mes débuts, on m’avait dit qu’une des meilleures plantes pour les migraines, c’était le gingembre. Et que dès que ma crise démarre, faut que j’en prenne, et si ça ne fonctionne pas, c’est que je n’en prends pas assez. Donc j’en ai pris par dose croissante, et je me suis provoqué de mémorables instants de migraineux.
Évidemment, si j’ai envie de froid, que je suis de tempérament déjà un peu chaud, que je transpire facilement, que j’ai une bonne circulation aux extrémités et que je viens décupler ce phénomène avec cette magnifique plante médicinale qu’est le gingembre et qui va créer une vasodilatation périphérique assez massive, ça va pas le faire.
Bon, on n’est pas dans la finesse ici. Évidemment, lorsqu’on a de l’expérience, on arrive à faire de bien meilleures associations. Dans mon cas par exemple, il faut plutôt du rafraîchissant, du calmant. De l’amertume, beaucoup d’amertume. De la menthe poivrée, de la partenelle, un peu de feuille d’artichaut, de la gentiane. Et il aurait fallu que je réfléchisse 2 minutes avant de me jeter dans un panier de gingembre.
Kapha
Un autre exemple avec les kaphas. Une personne avec forte ossature, carrure assez large, dense. Tendance à prendre du poids facilement, et à faire des rétentions d’eau. Les problématiques sont en général aggravées par le froid et l’humidité. Sujet à la stagnation lymphatique, à la congestion, à la toux grasse et à la surproduction de mucus. Physiquement robustes, mais avec un métabolisme plutôt lent. On est ici dans le froid et l’humide.
Faut doser les plantes un peu plus fortement avec cette constitution, basé sur mes observations. Et on va plutôt chercher des plantes qui réchauffent, qui décongestionnent, qui font circuler. Ici, le gingembre serait bien apprécié. L’achillée millefeuille. Les aromatiques du sud : thym, romarin, origan. Les épices. Et là, je vous parle globalement, sachant qu’ensuite, s’il y a une situation spécifique à accompagner, on va bien évidemment aller rechercher des plantes plus spécifiques pour la condition donnée, mais en essayant de rester un peu plus dans cette vision du réchauffant et circulatoire.
Si on a une faiblesse du côté du foie par exemple, avec difficulté à digérer tout ce qui est un peu riche, sentiment d’engorgement, on irait plus volontiers chercher le romarin et le radis noir que le chardon béni et la fumeterre. Romarin, plutôt chaud et circulatoire. Radis noir, une brassicacée, plutôt épicé.
Donc voilà, ce sont des caricatures qui nous aident à piloter l’accompagnement. Je vais vous donner quelques situations dans lesquelles cette connaissance peut être utile.
Cas n°1 : quand on débute. On n’a pas encore l’expérience. Souvent on ne sait pas trop par où commencer. La connaissance des constitutions peut nous aider à poser un premier programme, même s’il est incomplet et imparfait. Mais ça nous donne une direction à un moment où on se sent un peu perdu. Par exemple si on nous demandait conseil pour une problématique de règles douloureuses. En observant la personne, elle a l’air plutôt de type Kapha. Bon, on va se dire, déjà, et si je décongestionnais et je faisais circuler, tout en apportant un peu de chaleur ? Et on va peut-être partir sur un mélange à tisane avec sauge, gingembre, romarin. Est-ce qu’on peut mieux faire ? Oui, probablement. Mais c’est tout de même pas mal comme point de départ pour cette constitution.
Cas n°2 : quand on a une personne qui vient demander conseil juste pour la prévention. Elle vous dit « moi, tout va bien, mais à me préparer une tisane quotidienne, je pourrais faire quoi ? » Alors, ça nous arrive pas très souvent hélas comme type de discussion. On aimerait bien ! Donc là, on pourrait partir juste sur la constitution de la personne. Dans mon cas personnel par exemple, faut pas trop m’apporter du chaud, épicé et circulatoire. Mais l’amertume sera très appréciée, ainsi que tout ce qui rafraichit et calme le système nerveux. Les Américains et Canadiens qui écoutent comprendront pourquoi les parties aériennes de la scutellaire me réussissent si bien.
Cas n°3 : on a un peu plus d’expérience, on sait ce qu’on fait, mais on aimerait s’assurer que le conseil sera bien accepté tout en minimisant les effets indésirables. Si j’ai un cas de douleurs articulaires, avec une personne plutôt Vata et des intestins hypersensibles, et que je commence à balancer pas mal d’amertume qui n’est pas équilibrée avec d’autres plantes plus douces et réchauffantes, ça risque de mal passer.
Voilà, ça guide un peu la réflexion.

En pratique
En pratique, est-ce qu’on va tomber sur la caricature parfaite ? Non, ce n’est pas courant. Je vous dirais même qu’on va souvent voir dans la même personne, une partie de telle constitution, et une partie d’une autre. Mais bon, on fait avec ce qu’on a.
Et parfois, bingo, on va tomber sur la caricature parfaite. Et là, on se dit : « Je sais ce qui va fonctionner ». Et c’est en général à ce moment-là qu’on va se prendre un petit rateau. J’ai l’impression que dans la vie, dès qu’on a l’impression qu’on a des certitudes, dès qu’on devient un petit peu trop confortable dans ses convictions, on se fait un peu malmener. Ou alors ça n’arrive qu’à moi, allez savoir. En tout cas, c’est bien, ça nous aide à constamment nous remettre en question.
Donc les constitutions, c’est un outil parmi d’autres. Je trouve que c’est intéressant, c’est assez joueur, ça nous aide à mieux naviguer notre pratique de l’herboristerie. On peut aller piocher dans les constitutions ayurvédiques, dans les constitutions homéopathiques, dans les constitutions hippocratiques. Voir ce qui vous parle.
La personne peut connaître sa constitution avant de vous demander conseil. Parce qu’elle a peut-être consulté un praticien en ayurvéda, ou un homéopathe, ou autre, qui lui a dit « tiens, vous êtes plutôt de tel type ». La personne va vous donner l’info, et vous allez l’utiliser si ça vous parle. Parce que parfois on se dit « ah bon, je vous voyais plutôt comme ça ». Et puis souvent, vous n’avez pas l’info, mais au travers de vos observations, c’est vous qui allez placer la personne dans telle ou telle constitution.
Bien sûr, dans ma vision des choses, ceci ne remplace absolument pas la connaissance de la physiologie humaine. C’est plutôt quelque chose qui vient complémenter cette connaissance. Qui vient se rajouter par-dessus. Ça peut apporter de l’information en plus. Faut juste pas trop se prendre au sérieux avec ça, pas trop que ça devienne rigide et dogmatique.
Les constitutions, c’est pas scientifique
Et que faire du commentaire « mais c’est pas scientifique ton truc » ? Si ce n’est de répondre « ben oui, c’est pas scientifique, c’est empirique ». C’est basé sur de longs siècles d’observation dans la tradition des différents pays. Ça n’a rien de perché. Au contraire, c’est plutôt terre à terre et ancré.
Est-ce que ces constitutions historiques sont toujours valides aujourd’hui ? Est-ce que les constitutions ne sont pas en train d’évoluer ? De changer ? Oui et non. Il y a une partie assez fondamentale qui reste valide, et une partie qui évolue. Ou une autre manière de voir, ça serait de dire qu’on tend à évoluer vers une constitution plus qu’une autre. Pour revenir aux doshas ayurvédiques, nous sommes en train de dériver dans quelque chose de très Vata, de très aérien, vaporeux, mental et, disons-le, névrotique.
Voilà ce que je voulais vous dire en réponse à la question : « c’est quoi cette histoire de constitutions ». Utile ou pas ? Je vous laisse décider, au travers de la pratique bien évidemment.
Allez, je vous laisse. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode.
Bonjour,
J’étais en train de parcourir un grand classique de l’herboristerie nord-américaine, écrit dans les années 1800 (qui est un siècle assez fabuleux en Amérique du Nord avec plusieurs courants qui ont grandement influencé la pratique moderne). Et je n’avais jamais remarqué qu’on ne parle quasiment pas du frêne, parfois pas du tout. Chez nous, c’est une grande classique. Et pourtant, l’arbre est très présent en Amérique du Nord, on trouve une quinzaine d’espèces de frênes. Mais il ne s’est pas imposé comme chez nous, comme grande plante médicinale. Et je ne sais pas trop pourquoi.
En tout cas, cette réalisation m’a donné envie de vous parler du grand et majestueux frêne dans la pratique de l’herboristerie française. C’est un arbre que j’aime beaucoup utiliser dans les mélanges que je conseille. C’est un arbre sacré dans les mythologies nordiques, vous le savez peut-être. On l’appelle Yggdrasil, l’arbre-monde. Les dieux se rendent quotidiennement à Yggdrasil pour leur assemblée. Les branches s’étendent très loin dans les cieux, et l’arbre est soutenu par trois racines qui s’étendent très loin dans d’autres mondes. Je vous laisse explorer la mythologie nordique si ça vous intéresse. Nous, on va se concentrer sur ses propriétés médicinales.
Un peu de botanique
Les frênes sont des arbres de la famille des Oléacées, comme l’olivier, le lilas et le jasmin. On les reconnait assez facilement. D’abord, à partir des bourgeons qui sont assez gros, marron foncé tirant vers le noir pour le frêne élevé. Ensuite à leurs feuilles composées d’environ 5 paires de folioles, une de chaque côté du rachis, et d’une foliole terminale tout au bout. Les fleurs apparaissent avant les feuilles au mois de février et sont composées de grappes de pistils et d’étamines sans pétales. Et puis les fruits plats apparaissent, et eux aussi sont caractéristiques, on les appelle les « samares ». Je vous laisse regarder les photos dans vos ouvrages favoris de botanique.
Chez moi dans le Sud, on va trouver le frêne plutôt dans les zones humides, en bord de canal ou de rivière, en zone ombragée. Pour les autres zones géographiques, c’est globalement le cas aussi, mais ça va dépendre des régions, on peut le trouver dans des endroits un peu plus secs.
On trouve trois types de frênes en France. Le frêne élevé (Fraxinus excelsior), le frêne à feuilles étroites (Fraxinus angustifolia), et le frêne à manne (Fraxinus ornus). Le frêne à manne est de taille plus petite et utilisé pour récupérer cet exsudat caractéristique qui donne des blocs de couleur blanche. Je vous renvoie à ma vidéo sur la manne de frêne, tournée il y a maintenant 8 ou 9 ans je crois… et oui, c’est bien moi sur la vidéo, on change !
En tout cas, aujourd’hui, on ne parle pas de la manne de frêne mais des autres parties médicinales de l’arbre, et pour ces autres parties, on peut utiliser les trois types de frêne. La manne, elle ne provient que du frêne à manne. Les feuilles, les samares, on peut les récolter des trois frênes. Donc à partir de maintenant, je vais juste parler de « frêne » sans préciser s’il s’agit de l’élevé ou des autres. Sachant que dans les herboristeries, très souvent, ce sont les feuilles de l’élevé et accessoirement de celui à feuilles étroites, que vous allez acheter.
Récolte
Pour la récolte, on va surtout parler de la feuille. Elle est facile à récolter, on peut faire un beau sac relativement rapidement. On peut récolter directement sur l’arbre, attention aux chutes des échelles. J’ai malheureusement un bon ami qui a été victime d’une telle chute. Et attention de ne pas trop déplumer les branches et de cueillir un peu ici et là. Le plus simple sera de récolter à terre sur des branches taillées, c’est largement moins dangereux. On peut faire des partenariats assez sympathiques avec les élagueurs.
On fait ensuite sécher ces belles feuilles vertes à plat sur des claies de séchage. La partie centrale, le rachis de la feuille composée, n’est pas très intéressant, donc on peut l’enlever si on a la patience et lorsque la feuille est encore fraiche, pour ne garder que les folioles à faire sécher.
On peut utiliser les samares, ça s’est fait dans le passé, on en reparlera lorsqu’on abordera les formes, les quantités à utiliser et les préparations.
À savoir, Eric Lorrain dans son ouvrage « Grand Manuel de Phytothérapie » nous rappelle que le frêne élevé et le frêne à feuilles étroites sont inscrits sur les listes rouges mondiale et européenne des espèces quasi menacées à cause d’une épidémie fongique qui les touche. L’état de la ressource va dépendre des régions, donc renseignez-vous avant de ramasser.
Constituants
On parle rapidement des constituants car c’est toujours une manière intéressante de comprendre les propriétés de la plante.
Les plus connus pour le frêne sont probablement les iridoïdes & sécoiridoïdes. Oleuropéine, excelsiosides et compagnie. Ils sont anti-inflammatoires et antalgiques.
Des coumarines. Fraxine, Fraxétine, Esculétine et compagnie. Qui semblent être en partie responsables de l’effet éliminateur de l’acide urique, on va en reparler.
Des flavonoïdes antioxydants et anti-inflammatoires : quercétine, rutine, etc.
Des acides-phénols anti-inflammatoires : acide caféique, acide férulique, etc.
Des acides terpéniques : acide ursolique et oléanique. Anti-inflammatoire, correcteur des désordres métaboliques (excès glycémiques et lipidémiques).
Des tanins : qui vont lui donner un effet astringent et tonique du retour veineux. On ne va pas en reparler mais il a une activité vasculoprotectrice. Qui protège les veines contre le vieillissement prématuré lorsqu’on a une faiblesse du retour veineux.
Du mannitol en grande quantité, qui explique l’effet laxatif s’il est pris aux bonnes doses, et en partie son effet diurétique. On trouvera bien évidemment beaucoup plus de mannitol dans la manne de frêne, mais on en trouve aussi dans la feuille.
Des minéraux, en particulier potassium et calcium.
Des mucilages adoucissant.
Donc une belle complexité, qui va néanmoins lui donner un effet assez clairement anti-inflammatoire, diurétique et drainant.
Propriétés et indications
Allez, on parle maintenant des propriétés et indications. Je vais essayer de vous emmener dans des réflexions liées à l’observation et à la pratique. Donc on va plonger dans des observations des praticiens du passé pour voir ce qu’ils ont à nous dire. Ca peut paraitre un peu complexe parfois, mais ça renferme des pépites qui peuvent nous servir.
Crises de goutte
La première indication, probablement la plus connue dans la tradition, c’est pour réduire la fréquence et l’intensité des crises de goutte. Une condition qui était associée aux revenus les plus élevés dans le passé, la royauté, la bourgeoisie, on avait l’image du viandard, du bon vivant, celui qui mange et qui boit beaucoup. Aujourd’hui, on n’a plus vraiment ce profil, on voit que les crises ont surtout une composante génétique, on en reparlera car j’aimerais vous faire un épisode dédié à l’hyperuricémie.
Mais revenons au frêne et aux crises de goutte. Ce cher Paul-Victor Fournier nous dit « C’est l’empirisme populaire qui a, sur ce point, éclairé la science médicale ». C’est-à-dire que c’est la pratique familiale de l’herboristerie qui a servi de laboratoire d’expérimentation. Il continue et nous parle d’un certain Dr Peyraud :
« [… ] après avoir vainement usé de tous les moyens connus, du moins connus de l’enseignement officiel, contre la goutte qui le tourmentait, il eut recours, sur l’indication d’un de ses client – bel exemple de modestie scientifique – à l’usage des feuilles de frêne et s’en trouva si bien que, dans un intervalle de quatre ans, il n’eut qu’un seul accès, dissipé d’ailleurs en cinq jours par le recours au même remède. »
Un autre médecin, un certain Dr Delarue, attirait l’attention de ses confrères sur ces mêmes propriétés. Une ouvrière lui conseilla les feuilles de frêne pour soigner sa propre mère, atteinte de goutte rhumatismale chronique généralisée, avec douleurs vives, tuméfaction considérable, difficulté de mouvement allant presque jusqu’à l’impossibilité. Dès la première quinzaine, une amélioration se manifeste et en quelques mois, la malade était guérie.
Alors oui, on lit ça, on se dit… attend, ça semble un peu trop beau pour être vrai non ? OK, mais on a quoi à risquer si on essaie ? Si on n’est pas polymédicamenté et qu’il n’y a pas de risques d’interactions majeures, on a quoi à risquer d’essayer le frêne comme remède lorsqu’on a des problématiques de goutte ? La question est rhétorique, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué.
Donc OK, vous l’aurez compris, le frêne peut aider à réduire la fréquence des crises de goutte, et probablement l’intensité, au travers d’un effet draineur de l’acide urique au travers des reins. Et même s’il n’y a pas crise de goutte, il pourra aider à réduire l’uricémie, les taux d’acide urique en circulation sanguine qui risquent de créer inflammation et dépots si on ne fait rien.
L’effet du frêne, c’est un effet très diurétique et qu’on appelle parfois, dans le monde des plantes, « uricosurique ». Donc si vous croisez ce terme dans certains ouvrages, vous saurez à quoi il fait référence.
Arthrose, rhumatismes
On élargit la discussion et on inclut maintenant toute douleur et inflammation articulaire qui n’est pas forcément de la goutte. Que l’on appelle ça l’arthrose, les rhumatismes ou autre, c’est une utilisation qui est très présente dans la tradition aussi.
A un premier niveau assez simple, on peut utiliser la feuille de frêne comme anti-inflammatoire articulaire assez générique, pour tout type de situation rhumatismale chronique. C’est d’ailleurs une plante dont on parle beaucoup la formation sur la santé ostéoarticulaire de l’école Altheaprovence.
Fournier nous cite un certain Dr Decaux qui a prescrit avec succès, chez les arthritiques et les goutteux, les feuilles de frêne en infusion, soit seules, soit en association avec d’autres plantes comme la reine-des-prés ou le cassissier. Et à l’époque, on n’a pas encore la gemmothérapie, donc là on parle du cassissier feuille, je vous en avais déjà parlé dans un autre épisode. Et on reconnaitra ici la tisane des centenaires du docteur Leclerc. Donc effectivement, on retrouve souvent le frêne dans différents mélanges pour mieux vieillir, des mélanges qui ont pour but de prendre soin des articulations, de la circulation, de l’inflammation.
Un autre mélange, d’un laboratoire allemand et qui s’appelle Phytodolor, a été étudié comme anti-inflammatoire et analgésique articulaire (études probablement financées par le laboratoire bien que la section « conflit d’intérêts » ne soit pas présente dans l’étude, donc je ne peux pas confirmer). Voici la formulation :
- 60 % écorces et feuilles de peuplier tremple
- 20 % écorce de frêne
- 20 % de solidage verge d’or
Voilà, c’est intéressant, l’art des mélanges et des associations.
Une information importante donnée par Fournier : si chronicité de la situation, il faut appliquer pendant des périodes assez prolongées, donc patience, les cures sont parfois longues.
Rhumatismes subaigus et saisonniers
On va maintenant passer à un peu plus de spécificités. Et ici on va donner la parole à François-Joseph Cazin car il est considéré comme un grand praticien des campagnes en son temps, on parle des années 1800. Il dit avoir vu réussir ce moyen, aussi simple que facile, contre un rhumatisme articulaire subaigu à récidives saisonnières.
Subaigu, ça veut dire entre la forme aiguë, courte et intense, et la forme chronique. Donc là, on monte d’un cran par rapport aux petites douleurs chroniques précédentes. On est dans un état un peu entre deux, mais on n’est pas dans le rouge, enflé et aigu. La partie « récidive saisonnière », c’est intéressant. Ça veut dire que ce n’est pas un rhumatisme qui est problématique tout le temp. Et à l’époque de Cazin, ça se passe dans les campagnes, dans des maisons froides et mal chauffées. Et le froid-humide semble aggraver encore plus que le froid sec. Alors, cette partie froid ou froid-humide, c’est moi qui la rajoute, basée sur ma connaissance de la problématique, pas Cazin, mais il est fort possible que Cazin parle de cette situation-là.
Cazin nous dit que non seulement le mal s’est rapidement dissipé, mais on a pu en prévenir le retour en utilisant le frêne pendant dix à quinze jours. Et effectivement s’il y avait une composante saisonnière, on pourrait faire la cure à un moment où on voit que les douleurs risquent de revenir en fonction du temps, en fonction de la saison.
Essayons de comprendre la situation ici. Le froid provoque une vasoconstriction, une tension musculaire, elle rend plus sensible aux signaux de la douleur. Dans certaines études, on voit que le liquide synovial des articulations contient plus de médiateurs inflammatoires lorsqu’il est exposé au froid (Kim 2024). Le liquide synovial est épaissi, c’est moins lubrifié. Il est possible qu’au travers de propriétés circulatoires, le frêne permette de débloquer un peu les choses ici. Et pourquoi pas l’associer à une application de chaud sur les articulations, ou le mettre dans un baume réchauffant avec d’autres plantes un peu rubéfiantes.
Inflammations aiguës et manque de vigueur
On va encore monter d’un cran. Cazin parle de rhumatisme articulaire aigu cette fois, avec douleur vive et épanchement de sérosités. Donc là, c’est gonflé et ça fait vraiment mal. Cazin nous dit que les feuilles de frêne se montrent d’autant plus efficaces que les personnes sont moins vigoureux, les symptômes de réaction inflammatoire moins intenses.
C’est comme (je ne sais pas si l’image est bonne) chez quelqu’un qui fait une infection hivernale mais qui n’a pas une bonne montée en fièvre. Il fut un temps où le médecin n’aimait pas ça du tout, car il savait que pour qu’une infection se résolve par voies naturelles, il fallait une bonne montée en fièvre, il fallait « percer la fièvre » et arriver à ce moment où on commence à transpirer abondamment, on se découvre et on peut entamer la redescente en température. Je vous avais fait un épisode dédié à ce concept-là. Ici, ça serait un peu pareil, le patient dit au médecin que ça fait vraiment mal, c’est gonflé, mais c’est pas forcément très rouge, et à l’époque de Cazin, on se dit probablement que la crise inflammatoire devrait être là, visible, rouge et chaude, avoir un début et une fin, et là ça n’arrive pas à bien démarrer. Vous voyez ce que je veux dire ? Bon, beaucoup de spéculation de ma part ici, mais j’essaie de lire entre les lignes pour voir ce que ces praticiens essaient de nous faire passer.
Cazin nous dit que le frêne sera bénéfique ici, car il a une action plus ou moins révulsive (adjectif important) sur les intestins, la peau ou les voies urinaires. Donc il va activer ces voies-là, qui sont des voies d’élimination. Et là on est dans la vision du drainage. Vu que localement, ça ne bouge pas assez, qu’il n’y a pas assez de réaction, de vie, on va irriter ailleurs et stimuler ces émonctoires, emmener l’inflammation ailleurs en irritant ailleurs, et au passage emmener les substances inflammatoires vers la porte de sortie. Peut-être la personne n’est pas active, elle est sédentaire, affaiblie, avec une mauvaise circulation.
Bon, faisons une petite pause. Tout ce que nous dit Cazin, c’est basé sur quoi ? Sur l’observation fine. Sur l’expérience d’un médecin de campagne qui a vu de très nombreux cas.
Donc je résume les situations dont nous avons parlé :
- Les inflammations articulaires chroniques, d’une manière assez générique, et si on ne veut pas se prendre plus la tête que ça, on peut s’arrêter là. Le frêne est utilisable.
- Les inflammations articulaires d’intensité moyenne avec une composante de récidive saisonnière, peut-être à cause du froid et de l’humidité, et mon hypothèse – peut-être que le frêne refait circuler ce qui stagne à cause du froid tout en calmant l’inflammation.
- Et pour finir, dans les douleurs articulaires aiguës mais avec une personne qui manque de vigueur, qui manque de réactivité, de circulation, de réponse inflammatoire visible. On penserait peut-être à certaines personnes âgées ici.
Est-ce qu’il faut prendre ceci au pied de la lettre ? Non, mais si vous êtes curieux, ça va vous emmener plus loin dans l’étude des plantes. Ça nous aide à parfois reconnaitre des situations dans lesquelles telle ou telle plante pourrait se distinguer des autres basé sur les observations du passé (et ça, c’est bien sûr à garder en tête car parfois, les constitutions évoluent).
Draineur ostéoarticulaire générique
Est-ce qu’on ne pourrait pas élargir encore plus cette propriété de draineur rénal, d’éliminateur de substances proinflammatoires, à toute problématique ostéoarticulaire et musculotendineuse chronique ? On penserait à quoi ici ? Eh bien peut-être des tendinopathies, des syndromes du canal carpien, des fibromyalgies avec douleurs articulaires et musculaires, etc.
Ce n’est pas le frêne qui va tout résoudre ici, bien évidemment. On aura souvent d’autres plantes, d’autres galéniques, une prise en interne, une application locale. Mais dans la fondation de la stratégie, une composante qui calme l’inflammation et stimule l’élimination rénale, c’est une bonne idée. Et là, la forme tisane sera inégalable pour stimuler le drainage.
Prévention des calculs urinaires
Je vous donne une dernière utilisation du frêne, dans la prévention des calculs urinaires, chez la personne qui a déjà fait une crise de coliques néphrétiques et qui aimerait bien éviter un bis repetita.
On va retrouver le frêne dans les mélanges à tisanes diurétiques, et au passage il va probablement calmer l’inflammation du parenchyme rénal, de la structure rénale qui a peut-être été abîmée il n’y a pas très longtemps à cause du passage de calculs.
Globalement, ici, il faut créer un effet de balai sur les reins, un effet diurétique, pour éviter la sursaturation en solutés, pour éviter les dépôts. Vous le savez probablement, l’intervention principale ici, c’est de boire. Là encore un sujet largement abordé dans la formation sur la santé du système urinaire proposée par l’école Altheaprovence.
Formes et quantités
En ce qui concerne les formes et les quantités, je conseille en général la simple tisane des feuilles. C’est la forme qui a été la plus éprouvée, et comme je vous disais, on veut stimuler l’élimination au niveau rénal, cela fait partie de la stratégie, donc la tisane sera parfaite de ce point de vue-là.
Pour les quantités, vous pouvez faire la classique cuillère à soupe des feuilles coupées par tasse. Sinon au goût si c’est un peu fort pour vous. Et notre cher docteur Valnet recommande d’ajouter du jus de citron pour rendre la préparation plus buvable.
Les ouvrages classiques donnent des dosages largement plus élevés, de 30 à 60 g par litre d’infusion ou de décoction. Donc on peut faire une décoction des feuilles qui va concentrer un peu plus la préparation, la rendre un peu plus forte. Valnet nous dit « faire bouillir puis infuser 10 minutes ». Et pour les quantités, 30 g c’est déjà beaucoup pour les sensibilités d’aujourd’hui, et 60 g, n’y allez pas, trop fort.
En ce qui concerne l’utilisation des fruits, des samares. Fournier nous dit qu’elles contiennent encore plus de principes actifs que les feuilles. Le docteur Leclerc conseillait une poudre consommée à raison de 4 à 15 g par tasse dans une tisane. Il nous parle aussi d’un sirop prescrit aux « vieux arthritiques » dans lequel il porte la dose jusqu’à 125 g de poudre par litre d’eau bouillante, ce liquide servant de base pour son sirop. Et là, on retourne un peu dans la vision du frêne pour aller « irriter » et activer les choses, réveiller tous les processus d’élimination chez la personne âgée.
Pour les samares, Fournier mentionne 10 à 30 g par litre en décoction prolongée. Si vous n’avez jamais testé les samares, allez-y doucement au départ. Et en ce qui me concerne, je n’ai pas de recul sur leur utilisation contrairement à la feuille.
On utilisait autrefois la décoction de l’écorce comme fébrifuge, c’est-à-dire pour faire baisser la fièvre. C’est pour ça qu’on l’appelait aussi « quinquina d’Europe », à une époque où la malaria sévissait dans les zones humides de notre pays et ces fameuses « fièvres intermittentes » étaient une grosse préoccupation des médecins. Fournier mentionne 15 à 60 g d’écorce par litre, une tasse avant chaque repas. Je n’ai aucun recul sur l’utilisation de l’écorce.
Précautions
En ce qui concerne les précautions.
- Le frêne peut parfois provoquer une accélération du transit et un petit effet laxatif. On m’a récemment dit que c’était probablement à cause de l’utilisation des feuilles de frêne contenant plus de manitol, c’est-à-dire feuilles de frêne à feuilles étroites. Je n’en doute pas, cela dit, j’ai aussi observé cela chez la personne ayant les intestins très sensibles et consommant des feuilles de frêne élevé.
- Le frêne est contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale ou cardiaque, sauf si accord du médecin.
Et c’est tout ce que je voulais vous dire pour cette grande plante médicinale de la tradition française. Un vrai atout vu qu’il est présent un peu partout. Attention à la préservation des écosystèmes, cette réflexion n’est pas optionnelle aujourd’hui, et le frêne est menacé par certaines infections dans certaines régions, donc renseignez-vous, profitez du travail d’élagage pour récupérer les feuilles sur les chutes, etc. En tout cas, si les problématiques articulaires sont de mise dans votre famille, c’est un outil à ne pas négliger lorsqu’on lui donne assez de temps pour fonctionner.
Merci d’être là, je vous retrouve très bientôt pour un nouvel épisode.
Références
Gundermann KJ, Müller J. Phytodolor–effects and efficacy of a herbal medicine. Wien Med Wochenschr. 2007;157(13-14):343-7. doi: 10.1007/s10354-007-0436-4. PMID: 17704984.
Kim, S.-H., Sindhuri, V., Koo, M.-J., Jeon, S. H., Kim, S., & Koo, S. (2024). Effects of Repeated Exposure to Ambient Cold on the Development of Inflammatory Pain in a Rat Model of Knee Arthritis. Life, 14. https://doi.org/10.3390/life14111428
Bonjour,
Comme vous le savez, cette chaîne est dédiée aux plantes médicinales. Une plante n’est médicinale que dans le contexte d’un soin. Pour faire un soin, vous avez besoin d’un outil et d’une méthode pour l’appliquer. L’outil, sur cette chaîne, c’est la plante médicinale sous différentes formes. La méthode, c’est comment la manier au fil du temps pour vous aider à améliorer votre qualité de vie.
Si vous avez des problèmes de santé, vous vous êtes peut-être retrouvé un peu perdu face à la partie méthode. Les outils, les plantes, on arrive à trouver une bonne liste de départ en principe. On prend un livre, on regarde à la section cystites, et on trouve une liste de plantes à tester en prévention.
Ensuite, autour des plantes, vous avez des centaines de paramètres qui bougent sans cesse dans votre vie. Vous avez l’intuition que certains de ces paramètres pourraient vous aider à améliorer votre situation, mais vous ne savez pas trop par où commencer ni comment vous organiser. Le sommeil, le stress, l’alimentation, le mouvement, votre lieu de vie, etc.
Donc il faut organiser ce grand bazar, et c’est un travail qu’on apprend à faire lorsqu’on est praticien et qu’on accompagne des personnes, car on apporte des méthodes tout autant que des outils. Mais on doit aussi se l’approprier lorsqu’on travaille sur soi. Même approche, même manière de travailler et de s’organiser.
Dans cet épisode, j’aimerais donc que l’on mette la plante de côté et qu’on parle de méthode. Plus j’évolue dans mon métier et dans ma vie personnelle, plus je vois la puissance des procédés, l’intérêt d’adopter une méthode structurée de suivi, quel que soit l’outil. Donc on parle de tout ça aujourd’hui.
Avant de démarrer, je vous rappelle que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de santé. Cet épisode n’a pas pour vocation de remplacer un soin médical. Ce point est vraiment important ici, car on va parler de combiner le meilleur du soin médical avec le meilleur de ce que l’on peut faire soi-même. L’un ne remplace pas l’autre. Les deux se complètent.
Suivi personnel, le contexte : savoir expérimenter
Situons le contexte de la discussion. Je vais supposer que vous avez des problèmes de santé et que vous aimeriez améliorer, globalement, votre qualité de vie.
Ça fait peut-être des années que vous avez une condition particulière. La première étape, c’était de poser un diagnostic avec le plus de précision possible, et vous l’avez fait avec votre équipe médicale. Vous êtes peut-être arrivé à un diagnostic précis, ou pas. Parfois, il n’y a pas de diagnostic : le médecin n’arrive pas à caractériser le problème. Il n’y a pas de pathologie cataloguée pour ce que vous avez, ou alors c’est un diagnostic d’élimination (c’est-à-dire qu’on a éliminé tout ce qu’on connaît, mais il reste toujours des symptômes). Il est possible que vous vous retrouviez avec un syndrome X ou Y. Peu importe : mon point ici, c’est de dire que c’est l’étape numéro 1. Admettons donc que vous ayez un diagnostic.
À ce stade, le diagnostic vous donne des informations, des pistes sur certains déséquilibres physiologiques sous-jacents. Des inflammations, des fonctions physiologiques qui ne se font pas bien, etc. Mais vos plus grands leviers se trouvent surtout dans tous les grands piliers du bien-être que sont l’alimentation, le mouvement, la gestion des états psychoémotionnels, etc. Quels que soient les déséquilibres physiologiques qui caractérisent votre condition. Pour mes migraines, clairement, il y a des plantes qui ont une action ciblée. Mais je peux vous dire que j’ai obtenu 1000 fois plus de résultats en prenant soin de mon alimentation, de mon activité physique, de mon sommeil, de certains compléments alimentaires… Et pour travailler sur tous ces axes, j’ai aussi utilisé les plantes car c’est mon outil de prédilection.
C’est un gros travail. Et à partir du moment où vous décidez de vous retrousser les manches et de commencer ce travail, tout sera expérimentation. Il ne faut pas que ça vous choque. Nous sommes d’une telle complexité, et les molécules que l’on ingère (qu’elles soient naturelles ou pas) sont d’une telle complexité, que lorsqu’on juxtapose les deux, seule l’expérimentation parle.
Attention, ça ne veut pas dire qu’on travaille au hasard et qu’on fait n’importe quoi. Pour bien choisir les outils, nous avons beaucoup de points de départ dans les ouvrages de référence, les études, la tradition, etc. Et pour la méthode, on va adopter quelque chose de très simple mais très structuré, qui va nous aider à nous organiser.
La méthode scientifique
Cette méthode est inspirée de la méthode scientifique, au sens le plus simple du terme. Je vous la décris.
- Observation. Ça commence par l’observation très fine de votre condition et de votre situation.
- Hypothèses. On élabore des hypothèses basées sur ces observations : « J’ai l’impression que tel paramètre a une influence sur ma problématique. »
- Expérimentation. On élabore une expérimentation pour tester cette hypothèse et voir si elle peut être confirmée. Et c’est ici qu’on va introduire nos plantes, nos exercices, notre programme alimentaire, notre cohérence cardiaque, notre sauna, etc.
- Itération. On repart pour un tour, avec de nouvelles hypothèses à tester car maintenant, on en sait un peu plus.
C’est parfois le travail d’une vie lorsqu’on est dans le chronique.
Dans cet épisode, j’aimerais vous parler des deux premières étapes, qui consistent à observer et à émettre des hypothèses. Dans un prochain épisode, on parlera d’expérimentation et de mesures.
Suivi personnel : observer et caractériser sa problématique
Le premier point, c’est d’arriver à mieux s’écouter et à mieux caractériser sa problématique. Là, y a vraiment un truc énorme.
On se pose dans le calme, feuille blanche, et on commence à décrire tout ce que l’on ressent et tout ce que l’on vit autour de ça. On a déjà des hypothèses, on suspecte déjà des liens. « Quand le patron est de mauvaise humeur et qu’il est sur mon dos, mes brûlures d’estomac s’aggravent ». On note.
On peut faire ce travail seul. Cela dit, il y a un énorme avantage à avoir un observateur externe, à se soumettre au regard et au questionnement de quelqu’un qui est en dehors de la problématique et qui va poser des questions d’une manière très naïve. Idéalement, il faudra une personne d’une grande curiosité. Ça peut être un ami, par exemple.
- « Mais ta migraine, c’est toujours la même ? »
- « Montre-moi à quel endroit c’est le plus intense. »
- « Si ça commence à tirer quelque part, c’est où ? La dernière fois, j’ai remarqué que tu te massais le cou… »
- « Et ça progresse comment au fil des heures ? Ca monte ? Ca passe devant ? Sur les côtés ? »
- « N’y aurait-il pas un fond qui est toujours un peu là certains jours sans que la crise démarre ? »
- « Tu as remarqué que ça allait mieux quand tu prends des vacances ? »
Si c’est une personne externe qui vous aide et qu’elle n’est pas médecin, ceci ne doit pas ressembler à un diagnostic, bien évidemment. En tant que praticien, je ne peux pas vous dire, par exemple : « Vous avez une inflammation articulaire dans les mains et les poignets, c’est symétrique, c’est de telle ou telle nature, donc c’est probablement une polyarthrite rhumatoïde. » Ça s’appelle poser un diagnostic, et c’est le rôle du médecin.
Par contre, je peux vous demander : vous ressentez quoi exactement le matin lorsque vous sortez du lit ? Et le soir après votre journée de travail ? Vous avez plutôt envie de chaud ou de froid ? Ah OK, c’est chaud le matin et froid le soir, intéressant. Je vois que vous me montrez la zone de l’avant-bras, est-ce que ça irradie un peu plus haut ? Lorsque ça va plutôt bien, est-ce qu’il existe un fond de douleur résiduelle ? Si oui, elle est où ? Quand ça commence à se réveiller, ça s’étend comment ? Quand vous êtes fatigué, ça s’exprime comment ?
Pour structurer cette réflexion, on peut passer en revue :
- La localisation. Où se situe le problème ? Est-il localisé ou diffus ?
- La qualité. Comment le décrire : brûlure, pression, pulsation, tiraillement, etc. Chacun peut utiliser un vocabulaire qui lui correspond. Pour mes migraines par exemple, j’ai plusieurs types, donc je les décrirais toutes dans cet exercice : celle qui pulse dans la moitié droite du crâne, celle qui est sourde et plutôt localisée dans tout le crâne, celle qui affecte plutôt les yeux, etc. J’appelle ça mes « 50 nuances de migraines ».
- La quantité. Ceci inclut la notion d’intensité (sur une échelle), de durée et de fréquence. Mes migraines, par exemple, durent souvent 24 à 48 h, d’intensité entre 6 et 8 sur 10, et de fréquence… allez, une fois par mois.
- Le timing. À quel moment de la journée, de la semaine, du mois ?
- Le contexte. Dans quelles circonstances le symptôme apparaît-il : au repos, à l’effort, au travail, au domicile, en situation de stress, en vacances, pendant la séance de sport ?
- Les facteurs qui aggravent ou soulagent. Trop manger aggrave mes migraines. L’exposition au froid améliore mes migraines. Faites la liste.
- Les symptômes associés. Quels autres signes accompagnent le symptôme principal ?
Ces questions vont faire quelque chose d’assez puissant : vous aider à conscientiser certains ressentis que vous aviez jusqu’ici ignorés, car vous n’aviez jamais posé un regard dessus. Parfois, vous allez vous dire : « Mais ça fait des années que je ressens ce truc quelques jours avant ma crise, et en fait, c’était un signe avant-coureur et je ne le savais pas ». Ce type d’observation va vous permettre de faire des liens avec tout un tas de paramètres dans votre vie qui, à première vue, ne vous paraissaient pas connectés.
Parfois, porter un appareil de mesure peut aussi aider à faire des associations. À une époque où je suspectais des troubles métaboliques, j’ai pris ma glycémie régulièrement avec un glucomètre acheté en pharmacie. Et j’ai pu associer un ressenti que j’avais parfois après un repas, une sorte de montée de chaleur avec un fond de nausée, avec une forte hyperglycémie. À partir de là, je n’ai plus pu ignorer ce ressenti, que j’avais maintenant associé à un excès de sucre. C’est devenu une nouvelle boussole pour que je puisse faire mon travail. Je n’ai plus pu ignorer cette montée de chaleur, que j’avais ignorée pendant des années ! C’est fou, non ?
Et je vais vous dire aussi pourquoi c’est fondamental : une fois que vous avez conscientisé ces petites choses, vous allez les sentir arriver parfois des jours avant le point où vous les auriez notées dans le passé. Maintenant ça apparait sur votre radar en avance. C’est précieux car ça vous permettra de sortir les plantes (ou n’importe quel outil) au moment optimal, dès que ça commence à gratouiller et à chatouiller, et avant que la crise soit à son plus fort et donc difficilement gérable.
Mon exemple : migraine et allergies
Pour reprendre mon exemple des migraines : assez récemment, j’ai noté un type de migraine qui démarrait un peu différemment des autres, avec une gêne dans l’occiput. Pour vous la faire courte, après plusieurs semaines d’observation, j’ai découvert une nouvelle hypothèse à tester : est-ce qu’une réaction d’allergie aux pollens pourrait être le déclencheur ?
J’ai des migraines depuis l’âge de 7 ou 8 ans, et là, à 55 ans, je note un nouveau type de démarrage ! C’est dingue non ? Je trouve ça génial car on ne finit jamais de découvrir des choses.
Je vais vous dire comment j’ai pu valider cette hypothèse. J’aurais pu mettre en place un petit protocole à base de plantes pour les allergies (plantain, cassis, romarin, ortie and co). Eh bien… J’ai décidé de prendre un raccourci et d’aller directement à l’antihistaminique (oui, j’ai fait mon pressé). Et devinez quoi ? Résolution immédiate du problème. Du coup, ça m’a ouvert des pistes en prévention à certaines périodes de l’année, lorsque je commence à ressentir cette gêne, et que je vois que mon entourage sort les mouchoirs.
Tout ceci grâce à la capacité d’observer finement, d’écouter et de conscientiser ce qui, avant, aurait été balayé sous le tapis. Et comme je vous ai dit, une fois que vous l’avez conscientisé, c’est terminé, vous ne pourrez plus l’ignorer.
Conscientiser mon problème et ma douleur
Alors, petite pause à ce stade. Que répondre aux personnes qui disent « ceci ne va faire que conscientiser mon problème ». J’ai déjà assez de douleur, de gêne, ça m’épuise, et toi, tu veux que je me concentre dessus ? Tu veux que je donne à mon problème 10 fois plus d’énergie que nécessaire.
OK, j’entends. La crainte est fondée pour certaines personnes. Réfléchir à un symptôme peut renforcer l’attention qu’on lui porte. Mais le but n’est pas de penser davantage à son problème, c’est de le clarifier, de le peindre, de le sculpter avec précision, puis de le poser sur papier. Et en fait, une fois que c’est posé, vous verrez que ça peut aussi réduire l’anxiété, car on transforme une inquiétude floue en éléments précis. On se sent plus léger.
Bien sûr, parfois, il faut se faire accompagner par des professionnels. Je ne rentre pas ici dans les cas psychoémotionnels très compliqués, les traumas, etc. Loin de moi l’idée de vous dire que vous pouvez vous auto-évaluer alors que vous avez besoin d’un psychiatre. Donc mettons ces particularités de côté. Dans la plupart des cas, lorsqu’on est suivi par un médecin, qu’on a un diagnostic et que l’on veut travailler avec une douleur, une inflammation ou une autre problématique chronique, cette méthode porte ses fruits, ne serait-ce que pour mieux communiquer avec son médecin sur l’état des choses !
Et puis là, le but est de se donner du temps pour y réfléchir à fond, tout noter, et puis passer à autre chose et vivre sa vie. Et pas de tourner en boucle, car là, effectivement, ça deviendrait anxiogène. Mais une fois qu’on a fait ça, le radar est beaucoup plus large. On voit arriver beaucoup plus de trucs, et on les voit arriver bien avant.
Arrivé là, on peut en général commencer à poser des hypothèses de travail.
Suivi personnel : hypothèses
Donc, 2ᵉ point de la méthode, on a fait toutes les observations, on connait le diagnostic du médecin, et on commence à combiner les 2 sources d’information pour faire une liste d’hypothèses qu’on aimerait tester.
On va prendre un exemple concret pour illustrer tout ça, qui est un cas réel : un homme de 35 ans avec qui j’ai travaillé.
Exemple : fatigue chronique
Sa condition principale était une fatigue chronique et invalidante qui durait depuis deux ans. Ça a commencé par un burnout à cause d’un épisode professionnel très difficile, un licenciement. Ensuite, une infection respiratoire très sévère. La convalescence a été rude : il a l’impression que l’infection a aggravé la grande fatigue du départ. Pas grand-chose sur les analyses des différents médecins qu’il a consultés : quelques anticorps, un fond de situation inflammatoire, on suspecte peut-être une infection froide, quelques carences nutritionnelles. Certains spécialistes ont parlé de syndrome post-infectieux. Certains ont parlé d’encéphalomyélite myalgique. Côté piliers du bien-être, il digère mal, il dort mal malgré la fatigue et il est dans un état d’anxiété ++.
Donc OK, c’est la situation de départ, avec un diagnostic certes assez vague, mais on a des hypothèses qui vont nous mener à plusieurs outils qu’on aimerait tester.
- Ici, on a une inflammation chronique. Hypothèse : « Calmer cette inflammation pourrait améliorer la vitalité ».
- On a peut-être une infection froide. Hypothèse : « Stimuler l’immunité et aider le système à résoudre cette infection pourrait améliorer la vitalité ».
- Dans son hygiène de vie : “mieux dormir pourrait améliorer la situation”.
- “Mieux digérer pourrait améliorer son niveau d’énergie, en particulier après les repas”.
- Combler les carences
- Etc.
Donc on a un grand bazar d’hypothèses. C’est un peu intimidant. Et il faut organiser une expérimentation pour passer à l’étape suivante. Dans cette liste d’hypothèses, on va en choisir une. Laquelle ? J’aime bien me fier à l’intuition de la personne avec qui je travaille, elle est souvent intéressante à suivre. S’il n’y a pas d’intuition, je propose une première direction basée sur ma propre intuition et mon expérience en tant que praticien. Et puis on va la tester en mettant en place une expérimentation. Et ça, on en parlera dans la partie 2.
Ensuite on fait le point. A-t-on besoin d’aller plus loin pour améliorer la qualité de vie ? Si oui, on va tester une deuxième hypothèse. Puis une troisième. À terme, ça serait vraiment bien de pouvoir les tester toutes. Et ça serait bien de les tester une à la fois, en série, et pas en parallèle.
Mais, parfois, la personne a vraiment besoin d’aide, et on va décider de tester plusieurs hypothèses. Sinon ça risque de durer des mois, voire des années. Et donc ça sera un peu moins clair car on introduit deux interventions. On va travailler sur le sommeil ET les carences nutritionnelles, et on va voir si votre vitalité s’améliore.
Ce n’est pas parfait. Mais c’est la réalité. On essaiera de conclure du mieux possible dans ce modèle.
Un modèle itératif
Dans ce contexte d’expérimentation, il y a un point important : tout ceci sera très itératif. Faut l’accepter.
Vous allez faire de très nombreuses boucles : hypothèse, mise en place du programme, mesures, validation. Nouvelle hypothèse, nouveau programme, etc. C’est non seulement normal, mais c’est la nature du travail. On pourrait voir ça comme une spirale montante. Lorsqu’on regarde d’en haut, on a l’impression qu’on tourne en rond, car on repart encore dans un test. Et même parfois, notre entourage va faire la remarque… Encore tu te lances dans un style alimentaire, ou encore tu achètes des flacons et des sachets de tisane ? T’en as pas marre ?
Non, j’en ai pas marre. Car lorsque je regarde la spirale de côté, je vois que je progresse vers le haut. Mais mon entourage, très souvent, ne voit que du tournage en rond.
Parfois on stagne. Ça arrive. Parfois on fait 2 pas en avant et 1 en arrière. Ça arrive. Au minimum, même si on stagne, on apprend à se connaître.
Bon… Je vais m’arrêter là pour cette première partie. Avec le recul des années, en tant que praticien et individu qui doit gérer ses propres problèmes, je peux vous dire que cette réflexion est extrêmement importante. Aussi importante que les plantes, la nutrition, le sommeil, le mouvement. Nous avons besoin des outils et de la méthode. La carte et la boussole.
Allez, je vous laisse réfléchir à tout ça. Je vous prépare une 2ᵉ partie sur tout ce qui est expérimentation et surtout, le cœur de la discussion de mon point de vue, qui sera quoi mesurer pour arriver à conclure.
Bonjour,
Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un champignon médicinal qui a plus de 2000 ans d’utilisation dans les pays asiatiques. Il a débarqué chez nous relativement récemment, et il est pris dans une sorte de grande frénésie médiatique. Les projections pour les ventes annuelles pour 2026 risquent de dépasser les 8 milliards de dollars dans le monde. On le retrouve dans des cafés et préparations confectionnés pour optimiser la productivité, pour booster l’énergie, pour graisser les rouages de la société productiviste, en d’autres termes.
De nombreuses personnes en parlent, sur les réseaux sociaux en particulier. On a un peu l’impression que c’est le café miracle à base de champignon miracle. Et quand ça nous arrive aux oreilles, on a les warning qui s’allument. Et je me suis laissé tenter, je l’avoue, je me suis acheté plusieurs de ces cafés, et j’ai laissé quelques billets, je ne vous cache pas. Mais je voulais essayer car rien de tel que l’expérience pour savoir de quoi on parle. Et clairement, certaines versions aromatisées au chocolat ont été particulièrement amicales à mes papilles gustatives.
Bon. La réalité, c’est que j’aime beaucoup le Reishi. C’est un champignon très prometteur. Mais je vais vous emmener dans un truc largement moins sexy, largement moins vendeur que cette histoire de café. Car on va parler de problèmes de santé qui sont parfois complexes. Car le chemin est long et ça demande du travail, de la patience, les bonnes formes et les bons dosages. Mais souvent, et j’ai pu le constater de nombreuses fois, les bienfaits sont là, les résultats sont là.
Du coup je vais essayer de me détacher de toute cette fièvre médiatique et faire le point avec vous. On va essayer de rester simple et pratique. Cet épisode ne sera bien évidemment pas un court épisode et on va couvrir pas mal de détails.
Avant de démarrer, je vous rappelle que l’école Altheaprovence vous propose toute une gamme de formations en ligne sur l’herboristerie appliquée, pour vous aider à comprendre comment vous pouvez accompagner vos proches ou vos clients pour différents types de problématiques de santé, toujours en complément d’un suivi médical.
Je vous rappelle aussi que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Les informations partagées dans cet épisode sont à visée éducative uniquement et n’ont pas vocation à remplacer un suivi médical.
Reishi : un peu de botanique
Un peu de botanique très rapide. Le Reishi est un champignon de la famille des Ganodermataceae. Il n’est pas utilisé en tant que champignon comestible, si vous en avez déjà vu sec, vous savez pourquoi vu sa texture. C’est très dur et ligneux. De nom latin Ganoderma lucidum pour la variété officielle, lucidum pour « brillant », qui fait référence à sa surface un peu laquée.
En médecine asiatique, dans le passé, on a utilisé différents types de Ganoderma comme Ganoderma sinense ou Ganoderma tsugae. Et nous avons de nombreuses espèces de ganoderma qui poussent en Europe, en Amérique du Nord, en Asie, même dans les forêts tropicales. Ils ont chacun leur répartition, et ils poussent sur différents types d’arbres. Chêne, frêne, hêtre, érable. D’après Christopher Hobbs, un spécialiste des champignons en Amérique du Nord, 99 % des Reishi au Japon poussent sur les pruniers, et ils sont tellement rares qu’on va trouver tout au plus quelques champignons pour chaque 100 000 pruniers. Donc de nombreux ganodermas dans le monde. Cela dit, à partir de maintenant, on ne parle que de l’espèce officielle, Ganoderma lucidum.
Le Reishi a un chapeau semi-circulaire, assez ondulé et bosselé, couvert d’une croûte lisse et brillante, de couleur brun-rouge qui tourne sur le noirâtre. Je pense que vous l’avez déjà vu en photo.
Je ne vais pas vous parler du Reishi sauvage car il est rare, et les sources utilisées aujourd’hui sont des sources principalement cultivées sur substrats. En tout cas nous avons une culture française déjà en place, je crois comprendre que de nouveaux producteurs s’y intéressent, donc l’achat en circuit court est possible, et le sera de plus en plus, j’espère, dans un futur proche.
Reishi en médecine chinoise
On commence par le Reishi en médecine chinoise. Je ne suis pas praticien en médecine chinoise et je n’ai pas étudié la médecine chinoise. Mais je la trouve assez fascinante. Souvent j’essaie de vous donner des bribes d’information basées sur ma compréhension très imparfaite de cet art, donc si vous êtes praticienne ou praticien en MTC, d’avance mes excuses car je vais tordre pas mal de choses à ma façon.
Il s’appelle Ling Zhi. Il tonifie le Qi (le Qi du coeur en particulier), nourrit le Sang et calme le Shen. Tout ceci avec majuscules pour montrer qu’on parle du « Sang » concept de médecine chinoise, et pas du sang physiologique. Tonifier le Qi et nourrir le Sang signifie que l’on va l’utiliser dans les périodes où on est particulièrement fatigué, avec souffle court, perte d’appétit, extrémités froides. L’énergie globale et la chaleur ne sont plus assez présentes, ne circulent plus assez.
Donc en faisant une simplification assez grossière, on le positionnerait comme tonique qui nous aide à traverser les périodes de fatigue et de déficience globale, de manque de circulation et de fonction. Dans les traités fondamentaux de médecine chinoise comme le Shen Nong Ben Cao Jing (rédigé vers 100 av. J.-C.), le Reishi est placé tout en haut de la hiérarchie des remèdes dits « supérieurs », caractérisés par leur absence de toxicité et leur capacité à préserver la vitalité sur le long terme justement.
Une fonction que l’on retrouve dans les plantes adaptogènes dont je vous ai déjà longuement parlé dans d’autres épisodes consacrées à ce terme « adaptogène ». Je vous ai expliqué dans l’épisode sur la schisandra que c’est un terme remis en question aujourd’hui, mais que je garde car il m’a toujours aidé dans ma pratique. Il n’est pas parfait, certes, mais comme toute caricature, il permet de cerner certaines plantes. Donc ici, on pourrait parler de tonique ou peut-être d’adaptogène.
Mais on rajoute cette partie assez particulière de « calmante du Shen ». Le Shen peut être grossièrement traduit par « Esprit ». Il inclut notre conscience, nos fonctions mentales, notre « présence », notre équilibre émotionnel. Le Shen réside dans le Cœur, où il se retire pendant la nuit pour se reposer. On dit que le Shen réside dans le Cœur et que le Sang en est le véhicule. C’est via le Sang que le Shen circule dans le corps. Pour que le Shen soit stable et bien ancré, il faut donc que le Sang soit abondant et de bonne qualité.
Si le Shen est perturbé, nous voyons apparaître des troubles du sommeil, de l’anxiété, une instabilité émotionnelle, une difficulté à rester présent et centré. Le Reishi, en nourrissant le Sang et en stabilisant le Shen via son action sur le Cœur, va donc apporter de la stabilité émotionnelle et faciliter un sommeil plus profond et réparateur.
En termes modernes, on pourrait dire qu’il agit comme un calmant du système nerveux : apaisant, qui aide à réduire l’anxiété et qui soutient un sommeil de meilleure qualité. Mais c’est important de noter qu’il n’agit pas comme un sédatif qui assomme : il stabilise plutôt, il enracine.
Il tonifie aussi le Qi des Poumons, transforme les Mucosités et calme la toux et la respiration sifflante. Ce qui nous fait penser à l’asthme, et on va élargir un peu plus, à l’asthme allergique et encore plus à toutes les allergies. On en reparle dans quelques minutes.
Je vais m’arrêter ici pour l’inspiration de médecine chinoise, mais c’est important d’en parler car vous allez voir que c’est globalement un schéma que l’on va retrouver dans les indications modernes.
Constituants
Mais d’abord, parlons des constituants.
Les plus connus sont les polysaccharides. Ils sont nombreux. Une grosse partie des propriétés du Reishi peut être attribuée aux polysaccharides, en particulier toutes les propriétés immunitaires dont nous allons parler. Les polysaccharides les plus connus sont des bêta-glucanes. On rentre dans un peu plus de précisions en identifiant les 1,3 et 1,6-bêta-glucanes, car 1. Ils sont actifs et 2. Ils permettent de distinguer entre les polysaccharides du champignon et ceux du substrat sur lequel on les fait pousser (et donc, au passage, de détecter les falsifications et les manipulations possibles). Les bêta-glucanes sont probablement les constituants les plus faciles à doser, à mesurer, à afficher sur des étiquettes. Ce que je veux dire par là, c’est qu’ils peuvent être un argument de qualité chez certains fabricants respectueux, mais un argument marketing dans le sens « plus c’est mieux » chez d’autres fabricants peu scrupuleux.
Deuxième famille importante : les triterpènes comme les acides ganodériques, acides lucidéniques, ganodériols, ganodermanondiol, ganodermanontriol, etc. Ils démontrent des propriétés cytotoxiques et antitumorales, antivirales (notamment l’inhibition des protéases du VIH et des entérovirus – donc on note au passage des utilisations possibles), hépatoprotectrices, hypocholestérolémiantes et anti-inflammatoires. Donc vous voyez, effectivement, on ne peut pas parler que des polysaccharides.
Nous avons des protéines et peptides comme les protéines immunomodulatrices fongiques (FIP) : la plus étudiée est la Ling Zhi-8. Nous avons d’autres protéines comme la ganodermine (une protéine antifongique), des ribonucléases, des peptides antioxydants comme la GLP4, etc.
Des stéroïdes et stérols de type ergostérol avec des noms que je ne vais pas m’aventurer à prononcer mais les voici : (5α,8α)-épidioxyergosta-6,22-dién-(3β)-ol, (α)-spinastérol, etc.
Des flavonoïdes et acides phénols.
Des alcaloïdes comme les lucidimines, ganocaclicines A et B, sinensine E, et ganocochlearine.
Donc un cocktail complexe, comme d’habitude. Une portion sera extraite par l’eau. Une portion sera extraite par l’alcool. Ce qui nous amène à un procédé qui optimise l’extraction des actifs des champignons, qui s’appelle la double extraction. Une extraction à l’eau permet d’extraire la grande famille des polysaccharides, une extraction à l’alcool permet d’extraire la grande famille des terpènes, et accessoirement alcaloïdes, stéroïdes et stérols, etc. Il y a une manière artisanale et maison de faire cette double extraction (j’en ai déjà parlé sur mon site), il y a des manières très high-tech de la faire avec des machines à ultrason, des évaporations sous vide, etc.
Il y a donc une très large variété de préparations possibles, depuis la tradition asiatique qui fait une décoction longue, donc une extraction qui va tendre vers les polysaccharides. Dans mes années en Amérique du Nord, on utilisait parfois de simples teintures, donc là on va plutôt récupérer les constituants autres que les polysaccharides.
En tout cas, il n’y a pas une forme qui fonctionne et les autres qui ne fonctionnent pas. Il y a des gradients. J’ai vu des personnes qui obtenaient d’excellents résultats avec différentes formes. Cela dit, l’état de l’art nous dit effectivement que la forme optimale, la forme la plus concentrée, la plus complète, se fait par double extraction.
Reishi : propriétés et indications
Bien, on va maintenant parler des propriétés et indications. Je vais parsemer mes propos de références scientifiques. Quasiment toutes les études sont asiatiques d’ailleurs; chinoises principalement. Mais c’est la pratique des différents pays qui va prendre le dessus dans mon propos. Donc la question principale reste : dans quelles situations on l’utilise exactement, et pour quelles situations il donne des résultats, même si parfois les données de la science sont partielles.
Équilibrant immunitaire
Et on va démarrer avec quelque chose d’assez fondamental, qui est l’action sur l’immunité. On doit cette action principalement aux polysaccharides. Le Reishi stimule une immunité trop basse. Donc on pense ici à des situations dans lesquelles la personne fait des infections régulières et on aimerait bien l’aider à renforcer son immunité. On voit ça chez la personne âgée, chez la personne immunodéprimée pour une raison ou une autre (ceci inclut le VIH), peut-être suite à un long traitement. Ça peut être en lien avec une période de grande fatigue (on va en reparler), vu que vitalité et immunité sont souvent en lien.
Le Reishi peut aussi aider lorsque l’immunité est en dysrégulation et s’en prend à des substances inoffensives, que ce soit des substances hors de notre corps (on parle alors d’allergies) ou de notre propre corps (on parle alors de maladies autoimmunes). On pourrait alors parler d’excès ici, d’une manière un peu caricaturale.
Donc l’effet global du Reishi sur l’immunité est un effet équilibrant. Ça peut être une bonne base pour les personnes ayant une immunité faible, pour les personnes ayant des terrains allergiques ou autoimmuns. Une « base », ça veut dire qu’on va souvent rajouter d’autres plantes au protocole, mais c’est une bonne fondation du protocole. Dans les allergies saisonnières par exemple, on peut prendre le reishi pendant des semaines, et par-dessus, si nécessaire, rajouter nos classiques comme plantain, ortie, cassissier, romarin, etc. si la situation le demande.
En oncologie intégrative
On va aller chercher cet aspect stimulant immunitaire dans l’accompagnement du cancer. Le Reishi est très utilisé en oncologie intégrative. C’est probablement le domaine dans lequel les études scientifiques se sont le plus concentrées.
Nous avons des données d’études sur l’utilisation en cancérologie adjuvante. Et là, le Reishi tend à améliorer :
- Les paramètres immunitaires (donc les fondations de la défense). On voit une protection de la fonction hématopoïétique de la moelle osseuse, ce qui va réduire la sévérité de la leucopénie, de la neutropénie et de la thrombocytopénie qui sont souvent induites par les agents chimiothérapeutiques ou les rayons. Sur humain, on voit une augmentation mesurable de certains marqueurs qui nous disent, indirectement, que le combat contre le cancer sera probablement amélioré : hausse des CD3, CD4, CD8 ou activité NK selon les essais cliniques.
- La réponse tumorale (donc une action plus directe et ciblée), principalement au travers des terpènes, mais pas que. Le Reishi induit l’apoptose des cellules cancéreuses au travers d’une voie intrinsèque (par la mitochondrie) et d’une voie extrinsèque (via l’activation de récepteurs membranaires). Il provoque l’arrêt du cycle cellulaire. Il inhibe le processus de métastase. Il a une action anti-angiogénique directe.
- La protection des organes. Protection du foie, des reins (contre la toxicité du cisplatine), du cœur (contre les lésions induites par la doxorubicine).
- La qualité de vie, donc le ressenti global, la vitalité, le bien-être, ce qui est extrêmement important dans ces périodes difficiles. Le Reishi semble agir sur toute une liste de désagréments. Diminution des mucites intestinales et orales, des nausées, de l’anorexie induites par les chimios de type cisplatine ou 5-FU.
Références : Jin 2012, Zhong 2019, Chen 2023, Lin 2019.
Pour rester avec la qualité de vie, nous avons un essai pilote randomisé chez 48 patientes sous hormonothérapie pour un cancer du sein qui a pu mesurer une amélioration de la fatigue, du bien-être physique, de l’anxiété, de la dépression et de la qualité de vie (Zhao 2011).
Globalement, les essais cliniques restent petits, hétérogènes et parfois fragiles d’un point de vue méthodologique, avec des formulations très différentes du Reishi d’une étude à l’autre. Donc c’est dur de comparer les formes et les dosages. En pratique, par contre, en oncologie adjuvante, je pense qu’on a assez de données de la pratique aujourd’hui, dans différents pays, pour dire que le Reishi peut vraiment aider la personne à traverser ces périodes difficiles, à rendre l’immunité plus forte, à améliorer la vitalité, le tout sans traces de toxicité.
Bien évidemment, pour tout ce qui touche à l’intégration des substances naturelles dans un protocole en oncologie, il vous faudra valider avec votre équipe médicale pour éviter les risques d’interaction.
Longues périodes de fatigue
On a parlé du Reishi comme remontant, comme stimulant de la vitalité, ce qui va lui donner une belle place dans toute situation de fatigue longue, de fatigue profonde, de fatigue chronique. On pense à des Lyme chronique, à des fibromyalgies. On va devoir lui donner du temps ici en fonction de la situation. Il faut parfois faire des accompagnements qui durent plusieurs mois pour des terrains particulièrement déficients, épuisés par le stress de la vie ou de la maladie.
Calmer et aider à mieux dormir
Et en même temps, et c’est ça que je trouve si intéressant avec le Reishi, il calme le système nerveux lorsque celui-ci est surstimulé, et il va aussi favoriser un meilleur sommeil. Les deux états étant liés, bien évidemment.
Et même dans les états de grande fatigue, le sommeil est parfois très perturbé. Ce qui est extrêmement frustrant pour la personne, elle est constamment épuisée et son sommeil est très léger, très mouvementé. Le Reishi peut aider ici.
Protecteur du foie, des reins, du système nerveux
Le Reishi est hépatoprotecteur (Chiu 2017). C’est-à-dire qu’il protège le foie contre les substances qui l’abîment. Il est indiqué lorsqu’il y a élévation des marqueurs inflammatoires hépatiques (transaminases et GammaGT). Ce n’est pas la seule plante qui a cet effet, on connait bien le chardon-marie ou le desmodium pour ces indications-là. Je vous ai expliqué que bien d’autres plantes comme la racine de pissenlit, la racine de bardane ou le romarin ont aussi un effet hépatoprotecteur.
Mais regardez ce qu’on peut faire ici. On peut commencer à combiner les propriétés multiples. Imaginez une personne qui traverse une chimiothérapie pour un cancer, qui est particulièrement fatiguée, et qui a une élévation des marqueurs hépatiques due à la chimio, une situation très classique. Bon, on pourrait faire d’une pierre trois coups, bien que personnellement, je rajoute très volontiers le chardon-marie ici pour faire bouger les choses un peu plus vite.
On a vu il y a quelques minutes qu’il était aussi néphroprotecteur, c’est-à-dire protecteur des reins lorsqu’il y a risque de néphrotoxicité. Ce qui peut aussi arriver lors des chimios.
Et pour être exhaustif, je dois vous dire que certains cas d’hépatotoxicité ont été rapportés dans la littérature scientifique après ingestion de Reishi (Wanmuang 2007). Est-ce que le produit était mélangé avec des substances douteuses ? Est-ce que c’est le Reishi lui-même, vu que parfois on a des réactions surprenantes avec les plantes chez certains individus ? On en avait parlé dans l’épisode sur les cas de toxicité de l’ashwagandha si vous vous souvenez. Ici, je n’ai pas assez d’information pour vous dire.
Autres propriétés
Est-ce que le Reishi a d’autres propriétés ? Oui, c’est l’une des substances naturelles les plus étudiées, et ça fait un peu tourner la tête.
- Il est antidiabétique et hypoglycémiant. Donc intéressant en accompagnement de tout trouble métabolique.
- Hypolipidémiant et protecteur contre l’athérome. Il diminue les excès de LDL et VLDL. Nous avons des données cliniques des années 1980 sur les bienfaits dans les maladies coronariennes.
- Antihypertenseur et antithrombotique.
- Neuroprotecteur, donc intéressant dans toute maladie neurodégénérative.
- Anti-inflammatoire articulaire et général. On en a déjà parlé mais j’en rajoute une couche. Vous voyez ces états inflammatoires associés à un état de grande fatigue : fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique, Lyme chronique, etc. On va penser au reishi.
- Antiviral, antibactérien, antifongique et antiparasitaire
- C’est un régulateur du microbiote intestinal
- C’est un protecteur des os
- Il aide à combattre le mal des montagnes et a été utilisé pour aider les grimpeurs en Chine.
- Etc.
Donc on pourrait passer toute une journée à parcourir toutes les propriétés et indications du Reishi. Et ça serait vraiment intéressant d’aller chercher toutes les études cliniques qui ont eu lieu dans les années 1980 en Chine et au Japon. Je crois comprendre que c’est une décennie très intéressante pour l’expérience clinique. Mais d’un autre côté, je pense que plus la liste est longue, et moins on arrive à retenir de choses, moins on arrive à positionner le Reishi dans la pratique.
Donc j’en reviens à quelque chose de simplifié :
- Immunité trop basse
- Allergies ou autoimmunité
- Oncologie intégrative
- Périodes de grande fatigue
- Périodes de stress avec troubles du sommeil (et il y a plein d’autres plantes pour ça, on est d’accord)
- Et lorsque le corps doit encaisser la toxicité de certaines substances qui peuvent avoir un impact sur le foie, les reins, les os, la muqueuse digestive ou autre. C’est un grand protecteur.
Formes et quantités
On parle maintenant de formes et de quantités. A ce stade, si vous vous intéressez un minimum aux champignons médicinaux, vous vous posez peut-être la question : faut-il utiliser le mycélium de Reishi, ou plutôt le carpophore (c’est-à-dire ce qu’on appelle le champignon lui-même), ou les deux ? Et c’est un gros débat dans les cercles de mycothérapie. Pour le Reishi, on utilise le carpophore.
Vous entendrez qu’il faut utiliser des formes liquides car on ne digère pas la chitine et les actifs sont emprisonnés dans la chitine. Ce n’est pas aussi noir et blanc que ça. C’est une histoire de gradation d’efficacité. J’ai vu de beaux résultats avec des poudres très fines de carpophores de Reishi pris en gélule et bien dosé. Et ce n’était pas de l’extrait sec. Mais oui, globalement, si vous faites une belle double extraction, les actifs seront beaucoup plus assimilables. Sachant qu’un extrait sec est globalement une double extraction (du moins si l’extrait sec est bien réalisé) qui a été évaporée pour ne laisser qu’une poudre qui sera ensuite mise en gélules. Là encore toute une discussion sur comment l’extrait sec est réalisé pour ne rien abîmer, etc.
Globalement, je l’avoue, c’est compliqué. Je vois passer pas mal de produits, et la complexité du produit rend la navigation difficile. On a différents types d’extraits, de différentes parties de plantes. Donc désolé mais il faut que je simplifie.
Les formes, par ordre d’efficacité croissante :
- Poudre fine du carpophore : 1,5 à 3 g par jour en moyenne, sachant qu’on peut monter jusqu’à 10 g dans certains cas. C’est le champignon séché et réduit en fine poudre. En gélule ou intégrée dans une compote ou autre. C’est la forme la moins digeste, mais loin d’être inefficace.
- Décoction : 3 à 15 g du champignon sec par jour d’après les pharmacopées traditionnelles. On fait des décoctions longues ici, certaines recettes mentionnent plusieurs heures, on attend que le liquide réduise. Ce qui sera bien évidemment gourmand en énergie. Je vous donne la recette de David Winston du côté américain : 30 à 60 g du champignon sec et coupé en fins morceaux, dans 1 litre d’eau, faire frémir tout doucement pendant 2 à 4 heures jusqu’à réduction de moitié et prendre jusqu’à 3 ou 4 tasses par jour. Une préparation riche en polysaccharides, mais peu concentrée en terpènes. Et tout à fait active, un peu de respect pour les millénaires de médecine chinoise.
- Extrait sec : il sera en principe standardisé en béta-glucanes, et encore mieux en 1,3 et 1,6 béta-glucanes. Tout ceci va dépendre du laboratoire, des procédés d’extraction. Pour les dosages, tout va dépendre de la concentration de l’extrait sec. Les concentrations tournent souvent autour des 10:1, c’est-à-dire concentré 10 fois par rapport au champignon sec, avec un dosage dans les 500 mg 1 à 2 fois par jour.
- Extrait liquide en double extraction : de 1 à 2 ml, de 2 à 3 fois par jour, en augmentant graduellement, et en fonction des objectifs et de la personne. A prendre entre les repas dans un peu d’eau à température ambiante.
On fait des cures longues, avec une prise quotidienne. Pas de pauses nécessaires ici. Il faut du temps, soyez patient.
Pour la qualité des produits, mieux vaut se rapprocher du fabriquant et demander les procédés de fabrication, les labels de qualité, les résultats d’analyse, etc. Car dès qu’on rentre dans le monde des poudres et des extraits secs, je peux vous dire qu’il y a énormément de triche, malheureusement. Et énormément de très bons produits aussi. Il faut du temps pour explorer ce petit monde.
Reishi : précautions
En termes de précautions :
- Contre-indiqué si prise d’anticoagulants ou d’immunosuppresseurs
- Ne pas utiliser si vous avez une allergie à certains champignons
- Et pour finir, les études sur animaux montrent que les triterpènes du Reishi peuvent inhiber certains cytochromes impliqués dans le métabolisme des médicaments. Donc risque d’interactions médicamenteuses, et si médicaments à marge thérapeutique étroite, risque élevé. Globalement, dans le doute, si vous prenez des médicaments, demandez conseil à votre pharmacien.
Voici qui termine ce long épisode sur le Reishi. C’est le plus court que je pouvais faire sur un champignon aussi riche et un marché des compléments alimentaires aussi complexe. Je vous souhaite de trouver de bons fournisseurs, et vous savez que je ne donne plus cette information aujourd’hui car ça me met dans des positions délicates. Donc j’espère que vous allez trouver le bon produit, car c’est un outil assez puissant lorsqu’on sait le manipuler.
Merci d’être là, on se retrouve très vite pour un nouvel épisode.
Références
Projections des ventes mondiales annuelles : www.grandviewresearch.com/industry-analysis/reishi-mushroom-market-report
Chen, S.-N., Nan, F., Liu, M., Yang, M.-F., Chang, Y.-C., & Chen, S. (2023). Evaluation of Immune Modulation by β-1,3; 1,6 D-Glucan Derived from Ganoderma lucidum in Healthy Adult Volunteers, A Randomized Controlled Trial. Foods, 12. https://doi.org/10.3390/foods12030659
Jin, X., Beguerie, J. R., Sze, D., & Chan, G. C. (2012). Ganoderma lucidum (Reishi mushroom) for cancer treatment.. The Cochrane database of systematic reviews, 6, CD007731 . https://doi.org/10.1002/14651858.cd007731.pub2
Zhong, L., Yan, P., Lam, W., Yao, L., & Bian, Z. (2019). Coriolus Versicolor and Ganoderma Lucidum Related Natural Products as an Adjunct Therapy for Cancers: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Frontiers in Pharmacology, 10. https://doi.org/10.3389/fphar.2019.00703
Zhao, H., Zhang, Q., Zhao, L., Huang, X., Wang, J., & Kang, X. (2011). Spore Powder of Ganoderma lucidum Improves Cancer-Related Fatigue in Breast Cancer Patients Undergoing Endocrine Therapy: A Pilot Clinical Trial. Evidence-based Complementary and Alternative Medicine : eCAM, 2012. https://doi.org/10.1155/2012/809614
Lin, Zhi-Bin & Yang, Baoxue. (2019). Ganoderma and Health Pharmacology and Clinical Application: Pharmacology and Clinical Application. 10.1007/978-981-32-9421-9.
Chiu HF, Fu HY, Lu YY, Han YC, Shen YC, Venkatakrishnan K, Golovinskaia O, Wang CK. Triterpenoids and polysaccharide peptides-enriched Ganoderma lucidum: a randomized, double-blind placebo-controlled crossover study of its antioxidation and hepatoprotective efficacy in healthy volunteers. Pharm Biol. 2017 Dec;55(1):1041-1046. doi: 10.1080/13880209.2017.1288750. PMID: 28183232; PMCID: PMC6130508.
Wanmuang H, Leopairut J, Kositchaiwat C, Wananukul W, Bunyaratvej S. Fatal fulminant hepatitis associated with Ganoderma lucidum (Lingzhi) mushroom powder. J Med Assoc Thai. 2007 Jan;90(1):179-81. PMID: 17621752.
Bonjour,
Ces derniers temps, on m’a posé plusieurs fois la question au sujet des mouches volantes (qu’on appelle dans le jargon médical « myodésopsie »). Ce sont ces petites taches ou filaments qui semblent flotter dans votre champ de vision. En réalité, ce ne sont pas des objets devant vos yeux, mais des petites opacités à l’intérieur du vitré (donc dans le gel transparent à l’intérieur de votre œil).
Plusieurs questions reviennent. C’est quoi, est-ce que c’est dangereux, est-ce qu’on peut stopper l’évolution, est-ce qu’on peut les faire disparaitre avec des méthodes naturelles.
Je suis donc allé investiguer ce sujet pour vous. Rien dans la tradition sur les plantes médicinales, donc on ne peut pas s’appuyer sur des remèdes du passé. C’est donc un épisode qui va se baser sur une revue de la science et sur des approches modernes à la problématique.
Avant de démarrer, je vous rappelle que l’école Altheaprovence vous propose toute une gamme de formations en ligne sur l’herboristerie appliquée, pour vous aider à comprendre comment vous pouvez accompagner vos proches ou vos clients pour différents types de problématiques de santé, toujours en complément d’un suivi médical.
Je vous rappelle aussi que je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni professionnel de la santé. Les informations partagées dans cet épisode sont à visée éducative uniquement et n’ont pas vocation à remplacer un suivi médical.
Myodésopsie : pourquoi le vitrée devient-il moins transparent ?
Allez, c’est parti, on va d’abord décrire le phénomène. Si ça vous affecte, vous le savez probablement car un jour vous avez regardé le ciel, ou une autre surface d’une couleur uniforme, et vous avez vu ces petites taches ou ces petits serpentins. J’en ai moi-même plusieurs, et en fonction de leur localisation, je vois comment ça peut être assez gênant pour la vision.
Bien sûr, je ne vais pas le répéter, mais la première des choses à faire, c’est d’aller voir un médecin ophtalmologiste pour vous assurer que tout va bien à l’intérieur de votre œil et qu’il ne se passe pas quelque chose de plus sérieux. On va donc enlever les causes graves et pathologiques de la discussion.
Une personne m’a récemment dit « ce sont de petites veines abîmées dans l’œil » et c’est ça qu’on voit à la lumière. Alors pas du tout. Ça vient du vitré en fait.
Le vitré (qu’on appelle aussi corps vitré ou humeur vitrée), c’est un gel composé à 98% d’eau et 2% de macromolécules, principalement du collagène et de l’acide hyaluronique. Ces deux molécules vous parlent probablement car on en parle beaucoup pour l’intégrité de la peau, pour le vieillissement des tissus. Eh bien on les retrouve aussi dans le vitré.
Et ce gel, surtout en ce qui concerne sa partie « fibreuse » si je puis dire (c’est-à-dire la partie macromolécules), est très bien organisé. C’est cet ordre qui le rend transparent. Les macromolécules sont très bien réparties et organisées dans le gel. Malheureusement, cette structure peut se dégrader. Pourquoi, quels sont les facteurs de dégradation ? On mentionne beaucoup l’âge et la myopie comme facteur de risque. Mais vous pouvez aussi rajouter les facteurs comme le stress oxydatif qui dépasse nos capacités et nos réserves antioxydantes. Et tous les facteurs pro-inflammatoires de la vie industrialisée, je ne vais pas vous faire la liste.
Donc, dans ce contexte, le collagène et l’acide hyaluronique ne restent plus bien liés ensemble et intriqués, imbriqués si je puis dire, et ils vont se séparer. On le voit bien sur certaines photos dans les études, plutôt que d’avoir les deux bien entremêlées, on commence à voir des rassemblements d’acide hyaluronique d’un côté, séparés du collagène, et des paquets de collagène d’un autre côté.
Cette séparation va entraîner 2 processus :
- D’abord le gel devient plus liquide. Logique, on sépare la partie structurelle de la partie aqueuse, donc la partie liquide devient encore plus liquide.
- Et les fibres de collagène vont se regrouper et s’épaissir.
Ce sont ces fibrilles de collagène, regroupées alors qu’elles ne devraient pas l’être, qui créent des opacités qui dispersent la lumière. D’où l’apparition des mouches volantes, qui ressemblent parfois à de petits tunnels, ou de petits vaisseaux. C’est bon, vous me suivez jusque-là ?
Le décollement du vitré postérieur
Quand ces processus s’aggravent, le vitré peut se séparer progressivement de la rétine. C’est ce qu’on appelle le décollement du vitré postérieur, le phénomène le plus courant qui cause les mouches volantes les plus gênantes.
Un problème plus sérieux qu’on ne l’imaginait
Pendant longtemps, on a pensé que ces opacités n’étaient qu’une gêne cosmétique sans importance. Mais en pratique, elles peuvent réellement réduire notre sensibilité au contraste, notre capacité à distinguer les détails et finissent par affecter la qualité de vision, et donc indirectement la qualité de vie. Quand elles sont vraiment gênantes, on parle désormais de « myodésopsie dégradant la vision » (ou VDM).
Myodésopsie : les solutions proposées aujourd’hui
En ce qui concerne les solutions proposées aujourd’hui, on pourra vous parler de plusieurs options :
- L’observation (c’est-à-dire ne rien faire et attendre que le cerveau s’adapte à ces perturbations). C’est ce que font la plupart des personnes.
- Certaines interventions chirurgicales comme la vitrectomie (c’est-à-dire la chirurgie pour retirer le vitré), ou la vitréolyse au laser (qui consiste à fragmenter les opacités avec un laser).
- Et certaines plantes et compléments alimentaires dont nous allons parler.
Autant vous dire que l’ophtalmologie n’est pas ma spécialité, donc j’ai découvert pas mal de choses en recherchant le sujet. Surtout en ce qui concerne les interventions chirurgicales. Je crois comprendre qu’elles ne sont proposées que dans les cas plus graves, dans lesquels les opacités interfèrent considérablement avec la vision ou deviennent un problème quasi intolérable d’un point de vue psychologique.
Parlons un peu de ces interventions…
La vitrectomie (ablation du gel oculaire)
La vitrectomie : c’est une intervention dans laquelle il y aura ablation partielle ou totale du gel oculaire. Ça parait un peu effrayant dit comme ça. C’est-à-dire qu’on va vider partiellement ou totalement le corps vitré en faisant une petite incision dans l’oeil. Une fois le gel enlevé, l’œil n’est pas laissé vide, bien évidemment. Le chirurgien remplace le gel avec une solution saline stérile ou un gaz spécial qui se résorbe avec le temps. Le corps va ensuite recréer naturellement un nouveau gel pour remplir l’œil.
Une analyse regroupant 18 études sur plus de 2000 yeux montre que cette intervention chirurgicale obtient d’excellents résultats : 90 % des patients sont satisfaits. La vision et la sensibilité au contraste s’améliorent. En revanche, une cataracte se développe chez plus de 30 % des patients et un décollement de rétine survient chez environ 1,5 % des patients, ce qui fait un peu peur (Dysager 2022). Références sur mon site.
Le laser Nd:YAG
Nous avons aussi le laser Nd:YAG (qui est un type de laser au grenat d’yttrium-aluminium dopé au néodyme – on respire). Ça semble tout droit sorti de Star Trek.
Nous avons deux essais rigoureux contre placebo qui montrent que le laser fonctionne en termes de résultats, une étude de 2017 (Shah 2017), et une de 2020 (Ludwig 2020) avec des taux d’amélioration assez significatifs et une réduction des opacités du gel. Une autre étude de 2019 par contre (Nguyen 2019) ne signale aucun changement pour la qualité de la vision ni la qualité de vie globale. Donc des résultats mitigés. Dommage car c’est beaucoup moins invasif qu’une vitrectomie.
En tout cas, si la situation est très invalidante pour vous, c’est définitivement une discussion à avoir avec un chirurgien ophtalmologiste qui pourra vous en dire beaucoup plus en termes de retour d’expérience sur ces procédures.
Myodésopsie : substances naturelles
En ce qui concerne les substances naturelles, nous avons une pincée d’études qui pourraient nous pointer dans certaines directions intéressantes. Vous allez voir qu’il y aura une partie spéculative, mais on n’a que ça à l’heure actuelle, donc on fait avec ce qu’on a, et je pense qu’il y a des informations à garder.
Enzymes protéolytiques
Les premières substances étudiées sont des enzymes protéolytiques tirées de certains fruits comme la papaye, l’ananas et la figue. On parle ici de 3 enzymes qui s’appellent bromélaïne, papaïne et ficine. Vous avez peut-être déjà entendu parler des deux premières, vu qu’on en trouve dans différentes formulations de laboratoires.
Elles sont utilisées aujourd’hui pour mieux digérer les protéines, pour favoriser la « lyse » (c’est-à-dire la dégradation) de la fibrine et du fibrinogène, donc pour différents troubles liés au cardiovasculaire. Elles ont des propriétés anti-inflammatoires aussi. Ici, l’idée est de voir si elles arrivent à casser ces amas de collagène dans le vitré.
Nous avons une étude de 2022, menée par des universitaires japonais et taïwanais, sur 224 patients se plaignant de myodésopsie. Étude en double aveugle contre placebo, le placebo étant une capsule de vitamine C, et l’intervention étant une capsule contenant 190 mg de bromélaïne, 95 mg de papaïne et 95 mg de ficine. Le tout pendant 3 mois.
On a divisé les groupes en ceux qui ont vu la condition apparaitre spontanément, et ceux qui ont vu leur condition apparaitre après une hémorragie du vitré. A noter aussi, une division en sous-groupes prenant soit 1 capsule, soit 2 capsules, soit 3 capsules par jour.
Résultats : dans le groupe d’apparition spontanée du problème, le taux de disparition des corps flottants était de 55 %, 62,5 % et 70% après la prise de 1, 2 et 3 capsules respectivement, donc les améliorations sont dose-dépendantes. Pour le groupe dans lequel les corps flottants apparaissent suite à une hémorragie du vitré, le taux de disparition des corps flottants était de 18 %, 25 % et 56 % respectivement. Donc des résultats qui semblent très significatifs, et d’autant plus dans le groupe d’apparition spontanée, ce qui est le cas de beaucoup de personnes aujourd’hui.
De plus, la vision des personnes s’est améliorée de 0,63 à 0,19 LogMAR. C’est une échelle utilisée pour mesurer l’acuité visuelle. Et là, a priori (et corrigez-moi si votre évaluation est différente de la mienne), une diminution de 0,44 LogMAR me semble très significative.
J’aimerais noter, au passage, une 2ᵉ étude de 2024, in vitro en revanche, dans laquelle on a pris du vitré que l’on a mélangé avec ces mêmes enzymes protéolytiques extraites de fruits, plus hyaluronidase, collagenase dans certains échantillons. Ensuite, on a regardé l’impact sur l’opacité du vitré. L’étude confirme que la digestion du collagène par certaines enzymes peut améliorer la nature du vitré dans les cas d’agrégation de collagène. Cela dit, c’est une étude in vitro, donc à prendre avec un gros grain de sel, mais qui semble valider dans un tube à essai ce qu’on a constaté dans l’étude sur humains.
En conclusion, il me semble que cette approche de supplémentation orale d’enzymes fibrinolytiques (bromélaïne, papaïne et ficine) a du potentiel pour réduire les opacités du vitré. Les patients de cette étude ont montré un haut niveau de satisfaction et on voit aussi une amélioration de l’acuité visuelle. Sachant qu’il y a un effet dose-dépendant.
Une petite note au sujet des produits du commerce contenant ces enzymes. On parle ici de produits de laboratoire, donc s’assurer que le laboratoire est de confiance avec des labels de qualité. Vous n’allez pas trouver exactement cette formulation avec ces dosages-là. Certains produits contiennent 2 enzymes sur les 3 mentionnées. C’est la réalité du marché. Est-ce qu’on obtiendra exactement les mêmes résultats ? Je ne peux pas vous dire, mais on reste globalement dans des propriétés protéolytiques qui nous intéressent dans ces produits du commerce.
Polyphénols
La deuxième étude que j’ai pu trouver, faite sur humains, est une étude de 2021, menée par une équipe irlandaise et allemande. Le problème : conflit d’intérêt. L’étude est sponsorisée par ceux qui ont breveté le produit, donc on est obligés de prendre du recul sur les résultats, vu que l’équipe avait tout intérêt à faire ressortir des résultats positifs. Cela dit, on va essayer de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, comme on dit, et voir si on trouve des pistes. Ce type d’étude ne peut pas apporter de certitudes, mais juste des pistes éventuelles.
La formulation contient une partie micronutritionnelle, la voici : 125 mg de L-lysine, 40 mg de vitamine C et 5 mg zinc. Elle contient aussi une partie extraite de plantes : 26 mg d’extrait de pépins de raisin standardisé en proanthocyanidols, et 100 mg d’un extrait d’agrume standardisé en hespéridine. La supplémentation s’est faite pendant 6 mois.
Pourquoi ce choix ?
- Les proanthocyanidols et l’hespéridine inhibent la glycation des protéines, donc inhibent le processus qui endommage le collagène. Ce sont des antioxydants et anti-inflammatoires, et ils pourraient donc réduire la dégradation du vitré.
- La L-lysine, la vitamine C et le zinc car un corps vitré sain contient une certaine concentration de ces micronutriments et on pense qu’elles contribuent à la protection ou régénération de la partie structurelle. Une supplémentation orale est-elle suffisante pour aller combler des carences à cet endroit ? Très bonne question.
Bref, c’est un mélange breveté. La société annonce 5 études cliniques qui ont déjà été réalisées, 2 études observationnelles, 2 études en cas témoin et un essai randomisé en double aveugle, c’est celui dont nous parlons. Au passage, je vous rappelle que si ce sujet vous intéresse, je vous avais fait deux épisodes complets (partie 1 et partie 2) pour vous expliquer les différents types d’études à notre disposition aujourd’hui, je vous remets les liens dans l’article associé à cet épisode.
Du coup, retour à l’étude. Les résultats sont clairement positifs sur plusieurs points. Amélioration du confort visuel, diminution de l’opacité du corps vitré. Je vous passe les limitations de l’étude : l’utilisation d’un questionnaire non reconnu, l’absence de biopsie du vitré pour confirmer certains résultats, etc.
Mes conclusions
Que faire avec ceci ? Acheter un complément et le prendre pendant 6 mois comme dans l’étude (idéalement celui qui sera commercialisé à partir du brevet, tant qu’à faire) ? Utiliser des sources de proanthocyanidols et d’hespéridine que l’on peut préparer nous-même ? Comme une infusion de feuilles de vigne ou de cassis que l’on combine avec des écorces d’orange douce ou d’orange amère ?
Doit-on prendre encore plus de recul et se concentrer sur les substances qui bloquent la glycation des protéines et les dommages au collagène ? Doit-on considérer les cofacteurs du collagène comme la silice et la vitamine C ? Et les plantes comme la centella asiatica qui semble aider à régénérer le collagène ? Peut-être. On m’a récemment fait un retour d’ailleurs, une personne qui prend du collagène pour des troubles ostéoarticulaires et qui a remarqué que ses opacités oculaires avaient disparu !
Donc on va réfléchir à tout ça, et lorsqu’on n’a pas les siècles de tradition et pas assez de données de la pratique, on est obligé de passer dans un mode un peu plus spéculatif et empirique. Donc à un moment, on arrête de partir dans toutes les directions, on va poser un premier programme, le tester pendant plusieurs mois, et voir si cela améliore notre qualité de vie. Et ici, ça s’exprimerait surtout avec moins de gêne visuelle et plus d’acuité visuelle, les deux étant liés, bien évidemment.
En ce qui me concerne, je poserais probablement comme protocole de départ :
- Une formulation à tisane qui contient des sources de proanthocyanidols, d’hespéridine, d’autres flavonoïdes. Peut-être feuilles de vigne rouge, cassis, ginkgo, plus écorces d’orange. Parce que j’aime beaucoup travailler avec la forme tisane.
- Et je rajoute un complément bien dosé avec des enzymes protéolytiques.
Je fais tourner pendant plusieurs mois, et j’essaie de voir s’il y a amélioration de la situation. C’est très imparfait comme méthode, mais c’est aussi très pratico-pratique. Et puis pour ces situations un peu nouvelles, c’est à peu près la seule méthode à notre disposition. Et parfois, ça nous donne de beaux résultats.
Voilà pour la myodésopsie. Merci d’être là, de vous intéresser à tous ces sujets. Je vous retrouve très bientôt pour un nouvel épisode.
Myodésopsie : contre-indications et précautions
Enzymes protéolytiques : la broméline et la papaïne présentent plusieurs contre-indications et précautions d’emploi liées au risque hémorragique, aux allergies croisées et aux interactions médicamenteuses.
- Arrêt 2–3 semaines avant chirurgie ou soins dentaires
Contre-indiqué si :
- Prise d’anticoagulants
- Prise d’AINS (ibuprofène, naproxène, aspirine)
- Thrombocytopénie ou troubles de la coagulation
- Grossesse et accouchement
- Ulcère peptique ou autre inflammation de la muqueuse gastrique
- Insuffisances hépatiques et rénales
Les patients allergiques à l’ananas, au latex, au céleri ou à la farine de blé présentent un risque accru de réaction à la bromélaïne. Globalement, la bromélaïne est un puissant sensibilisant capable d’induire des réactions allergiques respiratoires, gastro-intestinales et cutanées chez certains individus sensibles.
Référence
J.-W., Hung, J.-L., Takeuchi, M., Shieh, P., & Horng, C. (2022). A New Pharmacological Vitreolysis through the Supplement of Mixed Fruit Enzymes for Patients with Ocular Floaters or Vitreous Hemorrhage-Induced Floaters. Journal of Clinical Medicine, 11.
Hammer, M., Muuss, M., Schickhardt, S. K., Scheuerle, A., Khoramnia, R., Łabuz, G., Uhl, P., & Auffarth, G. (2024). Forward Light Scattering of the Vitreous Gel After Enzymatic Aging: An In Vitro Model to Study Vitreous Opacification. Investigative Ophthalmology & Visual Science, 65.
Ankamah, E., Green-Gomez, M., Roche, W., Ng, E., Welge-Lüssen, U., Kaercher, T., & Nolan, J. (2021). Dietary Intervention With a Targeted Micronutrient Formulation Reduces the Visual Discomfort Associated With Vitreous Degeneration. Translational Vision Science & Technology, 10.
Dysager, D. D., Koren, S. F., Grauslund, J., Wied, J., & Subhi, Y. (2022). Efficacy and Safety of Pars Plana Vitrectomy for Primary Symptomatic Floaters: A Systematic Review with Meta-Analyses. Ophthalmology and Therapy, 11, 2225 – 2242.
Shah, C., & Heier, J. (2017). YAG Laser Vitreolysis vs Sham YAG Vitreolysis for Symptomatic Vitreous Floaters: A Randomized Clinical Trial. JAMA Ophthalmology, 135, 918–923. https://doi.org/10.1001/jamaophthalmol.2017.2388
Bonjour,
Terrible ce qu’on est en train de vivre avec les feux de forêt. On a des régions qui brûlent et qui sont complètement dévastées. Et on se sent complètement impuissants.
Bon, du coup, aujourd’hui, j’aimerais qu’on réfléchisse à ce qu’on pourrait faire lorsque la fumée n’est pas très loin, qu’on est forcé d’inhaler ces particules et que cela crée des problèmes respiratoires mineurs.
On parle ici de petits désagréments, de petites inflammations des muqueuses, que ce soit des poumons, des sinus ou des yeux. Tout le reste, c’est bien évidemment du domaine du médical. Donc si vous ressentez une détresse respiratoire, si vous vous sentez faible, si vous avez des problèmes cardiaques, ou tout autre problème de santé qui s’aggrave avec la fumée, appelez les urgences sans attendre.
Je vous rappelle que je ne suis pas médecin, ni pharmacien, ni professionnel de santé. Les conseils donnés ici viennent en complémentarité du soin médical, avec l’accord de votre médecin si vous êtes en situation précaire.
Bien sûr, on va parler de plantes, mais il y a largement plus important. Restez aussi loin que possible de la fumée si vous le pouvez. Ne sortez pas sauf si on vous demande d’évacuer. Et si vous devez sortir, portez un masque de bonne qualité si vous en avez un.
Pas simple, cette histoire. On voit aux infos des situations précaires, avec des gens contraints de prendre la route dans des conditions loin d’être optimales. On pense fort à vous.
Ma propre expérience avec le feu
En tout cas, chaque année, lorsque des régions brûlent, ça me rappelle ma propre expérience avec le feu.
Cela remonte à octobre 2003, j’habitais à San Diego en Californie du Sud. Et à cette époque, nous avons connu l’un des incendies les plus dévastateurs pour la région. Il était alimenté par les vents de Santa Ana, des vents très chauds et secs. Je ne sais pas si vous avez déjà vu comment la ville de San Diego est construite, il a de nombreux petits canyons dans la ville. Et ces canyons, pendant les périodes de sécheresse, sont comme du petit bois. Ce sont des couloirs hautement inflammables localisés un peu partout dans la ville. Sachant aussi que les maisons américaines sont faites en bois.
Bref, dans ces conditions idéales, l’incendie s’est propagé à une vitesse de 15 km2 par heure. Lorsqu’il a été enfin maîtrisé en début novembre, il avait détruit plus de 2 800 bâtiments, dont plus de 2 200 maisons. 15 personnes ont été tuées par le feu.
Et il est passé très près d’où j’habitais. On avait fait les valises et on attendait l’évacuation d’un moment à l’autre. Au final, nous n’avons pas été évacués, mais le feu était à quelques centaines de mètres. Et pendant plusieurs jours, nous avons vécu à l’intérieur, avec des serviettes mouillées sous les portes pour empêcher la fumée de rentrer. Le ciel était rouge et l’air irrespirable.
Donc je reconnais que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai vécu avec cette peur de tout perdre. J’ai vécu dans la fumée irrespirable. Et je m’en suis bien sorti sans rien perdre. Si vous êtes dans la même situation, je compatis vraiment avec vous. J’espère que vous resterez en sécurité.
Comprendre l’inflammation pulmonaire induite par l’inhalation de fumée
Ceci étant dit, essayons de comprendre ce qui se passe lorsque nous inhalons de la fumée d’un incendie. Notre système respiratoire peut subir des dommages en raison des gaz et des particules que nous allons respirer. Les dommages peuvent se produire à différents niveaux, de la surface à la profondeur:
- Premièrement, cela peut enflammer la muqueuse des voies aériennes supérieures (gorge et trachée). Ca brûle, ça nous fait tousser.
- Ensuite, les particules peuvent descendre et enflammer les tissus pulmonaires.
- Et enfin, l’inhalation de monoxyde de carbone ou d’autres gaz toxiques peuvent interférer avec la capacité du sang à oxygéner les organes vitaux. Ce qui peut créer des problèmes cardiaques d’ailleurs, nécessitant une intervention médicale.
Ce qui rend cette condition particulièrement insidieuse, c’est que les symptômes n’apparaissent pas forcément immédiatement. Certaines personnes se sentent bien pendant les premières heures après l’exposition, puis, en fonction de la quantité de fumée inhalée, vont développer des complications graves 24 à 48 heures plus tard.
Les trois stades de l’inflammation
Comme souvent, l’inflammation est au cœur du problème. On pourrait penser à trois stades d’inflammation, du gérable au très préoccupant et destructeur.
Initialement, le système respiratoire réagit avec une irritation qui s’exprime par une toux persistante. C’est un réflexe naturel pour expulser un irritant. Si la situation continue, l’inflammation peut causer un gonflement des voies aériennes (ce qu’on appelle un œdème), qui réduit le passage de l’air. On peut ressentir une respiration sifflante, comme lors des allergies ou d’un début de crise d’asthme. On peut cracher un mucus noirâtre, qui indique la présence de particules de suie dans les bronches.
À moyen terme, sans intervention médicale, cette inflammation peut progresser vers un œdème pulmonaire aigu ou une pneumonie : deux complications graves nécessitant une hospitalisation.
Et pour aller encore plus loin, l’inflammation chronique peut mener à une fibrose pulmonaire, qui est la formation de cicatrices permanentes du tissu pulmonaire.
Donc, comme vous pouvez l’imaginer, gérer l’inflammation et apaiser les muqueuses est une partie clé de la stratégie, en supposant que l’inflammation reste mineure et gérable. Encore une fois, je me répète, mais n’attendez pas avant de consulter un médecin.
Certaines personnes seront plus vulnérables que d’autres. Les personnes âgées ainsi que les jeunes enfants, les personnes ayant des maladies respiratoires comme l’asthme ou la BPCO, celles ayant des problèmes cardiovasculaires préexistants. Donc, des précautions supplémentaires doivent être prises avec ces personnes.
Stratégies avec les plantes
Bien, cela dit, parlons d’axes de travail avec les plantes, en supposant que l’irritation reste tout à fait gérable et que l’on veuille se soulager un peu avec des préparations maison. Je vais retenir trois composants clés. On pourrait proposer d’autres stratégies bien évidemment, il n’y a pas une seule manière de faire. Donc…
- Axe n°1 : Réguler l’inflammation dans la gorge, la trachée et les poumons (ici, nous sommes dans le domaine des plantes anti-inflammatoires)
- Axe n°2 : Aider les poumons à excréter les déchets (ici, nous sommes dans le domaine des expectorants)
- Axe n°3 : Aider les bronches à se réparer (ici, nous sommes dans le domaine de ce que nous appelons les plantes « restructurantes »).
Pour faire simple : les voies aériennes doivent rester ouvertes, le mucus fluide, le processus d’expectoration efficace, et le processus de reconstruction efficace lui aussi lorsque les cellules sont endommagées. Je pense que vous me suivez jusque-là.
Voici donc les trois catégories de plantes que je vous propose :
- Certaines plantes riches en mucilages, car elles apaisent l’inflammation des muqueuses respiratoires.
- Certaines plantes aromatiques qui aideront à expectorer le mucus rempli de déchets.
- Et le petit plus : des plantes riches en silice, car la silice est nécessaire pour construire le collagène, et que ce collagène est un constituant principal des tissus pulmonaires.
Passons en revue ces catégories une par une.
1. Plantes riches en mucilages
Avant tout, les plantes riches en mucilage. On va leur donner une grande place dans notre mélange. Ici, nous avons de nombreux choix possibles. La guimauve, les fleurs de mauve, les fleurs de violette, les fleurs de tilleul, etc.
Nous pouvons faire un peu plus spécifique en choisissant des plantes mucilagineuses qui étaient utilisées dans la tradition pour les inflammations pulmonaires. Ici, nous avons les fleurs de molène (dont celles du bouillon-blanc), les fleurs de pulmonaire, les feuilles de plantain. Les fleurs de coquelicot pourraient être intéressantes ici, s’il y a une toux irritative qu’on a du mal à contrôler sans pour autant la bloquer (voir mon épisode sur le coquelicot pour comprendre ce que je veux dire).
Un peu de racine de réglisse si vous n’avez pas de problèmes d’hypertension ou de conditions cardiaques. Un peu de miel viendra rajouter un effet apaisant pour la muqueuse respiratoire.
En fin de compte, je m’en tiendrai à une plante que je peux cueillir dans ma région, les fleurs de molène (j’utilise chez moi la molène de Boerhaave, mais d’autres sont tout à fait utilisables). N’hésitez pas à adapter à votre région. Il devrait y avoir beaucoup de plantes mucilagineuses autour de chez vous.
2. Plantes aromatiques qui aident à fluidifier et à déplacer le mucus
Notre deuxième catégorie : les plantes aromatiques qui aident à expectorer. J’aime beaucoup le thym, tout simplement. Mais vous avez aussi l’eucalyptus, l’hysope, les bourgeons de pin, le myrte, l’aunée, le lierre terrestre (frais idéalement). Ici encore, je m’en tiendrai à une plante que je peux cueillir dans ma région ou que vous avez peut-être au jardin, le thym.
3. Plantes riches en silice
Notre troisième catégorie : en termes de plantes riches en silice, je vais choisir la prêle. D’abord, parce qu’elle est très riche en silice. Je peux la trouver dans ma région. Et dans le passé, on l’utilisait pour toute condition pulmonaire grave avec dommages tissulaires et même saignements des poumons, une situation qu’on rencontrait dans la tuberculose et d’autres conditions pulmonaires graves.
La plante semble donc avoir une forte affinité pour la reconstruction des poumons. Je vous rappelle que nous utilisons uniquement la prêle des champs (Equisetum arvense), pas n’importe quel type de prêle.
En termes de contenu en silice, nous pourrions également utiliser l’ortie, le bambou, la paille d’avoine et d’autres plantes riches en minéraux. Mais là encore, il me semble que la prêle a quelque chose de plus intéressant pour les conditions pulmonaires.
Composer le mélange
Maintenant, je vais composer mon mélange. Ici, l’hydratation est essentielle. Il faut boire, ça va aider à maintenir des sécrétions pulmonaires saines. Je vais donc composer une tisane.
On va formuler quelque chose de simple. Dans une grande tasse à tisane, on pourrait mettre :
- Une petite cuillerée à soupe de fleurs de molène (du bouillon-blanc par exemple)
- Une bonne cuillerée à café de feuilles de thym. Assurez-vous que votre thym est bien aromatique.
- Une petite cuillerée à soupe de prêle finement coupée
- Et un peu de miel.
Vous laissez infuser pendant 10 à 15 minutes à couvert. Filtrez. C’est tout. Vous buvez une gorgée régulièrement tout au long de la journée. Je ferais deux à trois tasses par jour. Et ceci pendant la durée de l’exposition.
N’oubliez pas de filtrer votre tisane car elle contient de la molène qui a des petits poils qui sont irritants pour les poumons. Passez-la à travers un filtre à café bio ou plusieurs couches d’étamine alimentaire, et pas juste une passoire à infusion car les mailles de la passoire seront trop grandes pour les minuscules poils.
Inhalations
S’il n’y a pas de gêne respiratoire (je vous rappelle qu’on ne parle pas de symptômes préoccupants ici, juste de petites irritations gérables, sinon c’est le médecin direct) : les inhalations humides peuvent faire du bien. Et on peut juste faire avec de la vapeur d’eau. On verse de l’eau chaude dans un saladier, serviette sur la tête pour garder la vapeur autour du nez et de la bouche. Et on inspire par le nez pendant 5 à 10 minutes. Bien sûr, pas trop chaud, n’allez pas vous brûler.
Vous pourriez ajouter des plantes aromatiques avant de verser l’eau chaude. Eucalyptus, romarin, thym. La lavande serait excellente ici si vous en avez. Un mélange de ces plantes, pourquoi pas. Une petite poignée pour un saladier d’eau.
La vapeur est plus importante que les plantes ici. Juste de la vapeur d’eau peut faire beaucoup de bien, elle vient humidifier les poumons et aide à réduire la congestion, aide l’expectoration. Je ferais au moins deux inhalations par jour.
Lavages oculaires
Si les yeux sont enflammés, un simple lavage oculaire peut calmer l’irritation. Vous pouvez acheter des petites bouteilles de sérum physiologique en pharmacie, très pratique, quelques gouttes dans chaque œil. Ou vous pouvez faire ce liquide vous-même ; vous trouverez de nombreuses pages web ou vidéos sur Internet vous expliquant comment faire en utilisant de l’eau bouillie et la bonne quantité de sel de table (9 g pour un litre pour être précis).
Ce même liquide peut être utilisé pour rincer les sinus avec un pot neti par exemple, pour calmer l’inflammation des sinus et pour éliminer les déchets accumulés.
Vous pouvez intégrer des plantes dans la solution saline. Techniquement, c’est donc une tisane salée, en utilisant 9 g de sel pour un litre d’eau (et vous n’avez pas besoin de faire un litre, ajustez selon vos besoins). On met les plantes, l’eau froide et la bonne quantité de sel dans une casserole. On porte à ébullition puis on laisse frémir pendant quelques minutes à couvert. On filtre soigneusement le liquide car on ne veut pas de morceaux de plantes dans les yeux, évidemment. Une fois que le liquide a refroidi, on peut l’utiliser pour rincer les yeux ou les sinus.
Ce liquide ne se conserve pas longtemps. Quelques heures tout au plus. Peut-être un peu plus longtemps au réfrigérateur. Donc il est préférable de faire un nouveau liquide à chaque fois, vu qu’il doit être stérile.
Quant aux plantes, faites simple. Le plantain est excellent, et vous pouvez trouver du plantain partout où vous vivez en principe. Le bleuet est également un grand classique. On pourrait aussi utiliser la camomille romaine, l’euphraise, ou d’autres plantes de la tradition pour les inflammations oculaires.
Je me répète, mais un simple sérum physiologique fera très bien le travail si vous n’avez rien d’autre.
Bien, ceci boucle tout ce que j’avais à vous dire pour les poumons, les yeux, les sinus. J’espère sincèrement que vous n’aurez pas besoin de mettre en place ces conseils et que vous êtes loin de tout incendie. Mais si cette vilaine fumée s’approche, j’espère vous avoir donné quelques outils pour calmer l’irritation. Et surtout, si ça va au-delà d’une simple irritation, allez consulter un médecin ou allez aux urgences si vous avez un doute.
On pense à vous. J’espère que vous arriverez à rester en sécurité…
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